la baule+ Décembre 2024 | 15 Le degré de désir ne vient-il pas aussi du mystère, ce qui pourrait aussi expliquer le succès des films érotiques ? La frontière entre l’érotisme et la pornographie, c’est de baisser l’écran pour voir la suite... Prenons le cas d’ «Emmanuelle », qui a été un succès mondial et phénoménal. Un peu comme dans la lecture, le film fait appel à l’imaginaire du spectateur. La pornographie n’est pas belle en soi, car on montre immédiatement le but que l’on veut atteindre. C’est vrai, sur M6, j’ai été diffusé pendant dix ans à travers les versions soft de mes films. En effet, souvent, nous avions une version hard et une version soft... J’ai décidé de tout stopper du jour au lendemain Vous vous êtes retiré de la profession avec l’apparition du sida… J’avais plusieurs activités. D’abord, j’avais un agenda de bonnes adresses, notamment pour des décors, tout comme des acteurs, afin d’avoir plusieurs cordes à mon arc. Ensuite, j’ai créé ma société de production et de distribution. Lorsque la vidéo est arrivée dans les années 80, je me suis dit que nous allions passer dans un système de diffusion différent. J’étais très ancré dans le cinéma traditionnel et j’ai décidé de basculer dans la production. En 1982, j’ai tourné mon dernier film, «Initiation d’une femme mariée ». J’ai été contacté par une grande société de presse italienne pour diriger toutes ses opérations en France. Un matin, j’ouvre le journal Libération, j’étais à mon bureau et je vois la photo d’un type nu avec des taches noires sur le corps. L’article était intitulé : « Cet homme va mourir du syndrome de Kaposi ». J’ai découvert ainsi le sida. J’étais dans une colonie à risques, je faisais beaucoup de films, j’allais dans beaucoup de soirées... J’ai décidé de tout stopper du jour au lendemain. Je n’ai jamais rien attrapé. Donc, il y avait cette conjonction entre la fin du cinéma 35 mm, l’arrivée de la vidéo et puis les risques sanitaires. Une photo pornographique qui sera son apprentissage de ce qu’il reproduira demain La pornographie actuelle donne une vision très perverse et dégradante de la sexualité. Qu’en pensez-vous ? Cela n’a rien à voir avec ce que j’ai vécu. C’était de bon aloi, c’était toujours une histoire avec des scènes quotidiennes de la vie courante. Aujourd’hui, je suis horrifié par les scènes que peuvent voir les enfants. Lorsqu’un enfant de neuf ans ouvre son téléphone, il peut tomber tout de suite sur une photo pornographique qui sera son apprentissage de ce qu’il reproduira demain. On n’est plus dans le romantisme avec les prémices et les baisers. On est dans une image brutale qui a complètement transformé la libido et la sexualité des enfants, et c’est très grave. Mes enfants ont évidemment subi les sarcasmes de leurs petits camarades et ma dernière fille, qui a bientôt 30 ans, a subi les conséquences de tout cela. Ce qu’a subi ma fille a été révélateur de mon combat. Un jour, j’ai demandé une entrevue à son proviseur, en lui disant qu’il savait bien qui j’étais et que je n’acceptais plus les sarcasmes dont elle était l’objet. Alors, j’ai proposé trois choses : «Vous les convoquez et vous remettez de l’ordre. Sinon, vous me convoquez pour que je leur explique ce qu’est la vie. Sinon, je préviens la presse et le rectorat. » Aujourd’hui, quinze ans plus tard, les choses sont plus graves. C’est très malsain. Aujourd’hui, nous sommes face à des images brutales Il y a une humiliation permanente des partenaires et le mot qui revient le plus souvent, c’est que cette pornographie est sale. Malgré tout, les recettes sont énormes… J’observe qu’il y a beaucoup de nostalgiques de nos films anciens, parce qu’il y avait une histoire. Parfois les gens s’identifiaient et le plaisir était réel. Aujourd’hui, nous sommes face à des images brutales. L’image est très éclairée, on voit de très jolies filles face à deux ou trois protagonistes, elles se font cracher sur le visage... On retrouve toujours cela. C’est vraiment l’humiliation de la femme à travers des gifles et des paroles ordurières, sans parler de scènes brutales et très spécialisées. C’est quelque chose que je hais. Il m’arrive d’aller voir certaines choses sur Internet, mais je pense que ce n’est pas du tout motivant. On est entré dans l’ère masturbatoire, car sur le plan de l’excitation pure cela n’apporte pas grandchose. (Suitepage 16)
RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2