la baule+ Janvier 2024 // 13 loi sur la non-artificialisation des sols, avec l’impossibilité de faire construire des maisons individuelles. Les politiques expliquent que les Français sont favorables à l’écologie et qu’ils répondent selon leurs attentes dans les sondages. Parallèlement, les députés reçoivent des jeunes qui apprennent qu’ils ne peuvent plus posséder une maison individuelle… En réalité, dans les sondages, plutôt que de parler d’écologie, n’aurait-il pas fallu évoquer ces effets et poser clairement la question de la disparition du jardin individuel ? Nous sommes dans une très belle illustration. Je ne vais pas débattre des conséquences de la loi, mais simplement rester sur le plan technique. Si vous posez une question sur la défense d’un écosystème ou sur l’artificialisation des sols, vous aurez très massivement des gens qui vont vous répondre sur le plan moral, sans analyser les conséquences pragmatiques. Or, vous le dites très bien, c’est toute l’honnêteté d’un sondeur, la bonne question aurait été de demander: « Êtes-vous pour ou contre l’artificialisation des sols sachant que la fin de l’artificialisation des sols signe la fin des maisons individuelles ? » À ce moment-là, les réponses n’auraient pas été les mêmes. Or, c’est la bonne question qu’il aurait fallu poser. C’est ce que l’on appelle les biais de formulation et c’est très important, puisque l’on peut faire dire ce que l’on souhaite à un sondage, pour peu que l’on pose bien ou mal une question. On ne répond pas simplement à des questions complexes Peut-on faire des sondages sans avoir la culture générale du sujet qui est abordé, tout en sachant que cela va influencer les politiques ? Par exemple, pour prendre un thème d’actualité, on parle beaucoup de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, et tout le monde va répondre que les Azéris sont méprisables parce qu’ils ont chassé les Arméniens… Or, si l’on explique les 30 ans d’histoire, la première invasion qui s’est faite en sens inverse, ou les résolutions de l’ONU, les résultats seront différents. On peut développer cette illustration sur de nombreux sujets d’actualité… Absolument. On est dans l’extension de notre conversation : il ne s’agit pas d’une formulation, mais de la contextualisation. Si vous posez exactement la même question et si vous environnez cette question d’un contexte informatif, du type de celui que vous indiquez, à ce moment-là vous aurez une réponse probablement tout à fait différente de la simple question abrupte pour savoir si l’on soutient, ou pas, un peuple qui souffre beaucoup en ce moment. La réponse évidente des Français va vers la solidarité, mais en contextualisant les choses, on peut orienter la réponse. C’est pour cela qu’il faut grandement se méfier des questions complexes, car on ne répond pas simplement à des questions complexes. (Suite page 14)
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