la baule+ 6 // Janvier 2024 Puisque ce qui ne se voit pas n’a pas d’importance, ce qui ne se mesure pas n’a pas d’importance et ce qui ne se quantifie pas n’a pas d’importance. Donc, on finit par raconter n’importe quoi. Quand vous utilisez un indicateur comme objectif, vous oubliez souvent que, derrière les indicateurs, il y a des gens, des gens qui souffrent, des gens qui sont heureux, des gens qui produisent et qui réagissent. La productivité tient à beaucoup de choses, notamment à la façon dont vous reconnaissez le travail des gens et dont vous récompensez leur engagement. À force de négliger tout cela, en traitant les gens comme des quantités, on finit par avoir le résultat que nous avons aujourd’hui. Nous sommes dans une époque où les chiffres ne se discutent pas. Or, tous les chiffres reposent sur des hypothèses, des choix très particuliers, des méthodes de récolte de l’information, donc, tout se discute, à commencer par les chiffres. On a perdu l’esprit critique vis-à-vis du chiffre. Même quand ce sont des chiffres qui ne sont pas manipulés, il y a la question de savoir comment interpréter ces chiffres et ce qu’ils signifient. Si vous dites que le pouvoir d’achat a baissé de 1 % cette année, alors que les gens ont subi une inflation moyenne de plus de 5 % et que nous sommes à 14 % d’inflation sur les biens essentiels et l’alimentation, on reste dans une moyenne, sans compter la multitude des situations qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. Beaucoup de gens, face à cette distorsion entre le chiffre que l’on annonce et leur situation personnelle, sont amenées à penser qu’on leur ment et c’est la pire des choses, parce qu’il se développe une défiance totale vis-à-vis de l’information officielle. Si on leur explique que le pouvoir d’achat n’a pratiquement pas baissé, alors que les gens n’arrivent plus à nourrir leurs enfants, forcément il y a une tendance à penser qu’on leur a menti. Le malaise démocratique s’ajoute au malaise culturel, au malaise civilisationnel, au malaise économique, au malaise social, au malaise sanitaire… En voici une illustration. L’an dernier, il y a eu une succession de déclarations de Bruno le Maire et d’Agnès Pannier Runacher sur les aides aux entreprises et aux artisans, face à l’augmentation du prix de l’énergie. Ma boulangère était en larmes en disant que cela faisait des semaines qu’elle entendait cela et que rien ne changeait, car elle n’a droit à rien. Finalement, depuis tous ces mensonges, elle passe son temps sur des médias complotistes… Et voilà ! C’est typique. On a fait des boucliers, mais comme on ne pouvait pas servir tout le monde, on a mis en place un tas de critères. Des tas de gens ont cru être concernés, alors qu’on leur a fait croire que tout le monde était concerné. C’est de cette manière que l’on perd la confiance des gens. Je me souviens du ministre du Travail en charge du dossier des retraites, interrogé par un député qui lui a demandé d’où venaient les chiffres qu’il annonçait. Le ministre - qui est d’ailleurs toujours en place - lui a répondu qu’il n’avait pas de comptes à rendre sur les chiffres. En réalité, il ne savait même pas d’où venaient les chiffres. Et d’ailleurs, celui qui lui avait fourni les chiffres ne le savait même pas non plus... Le député qui avait posé cette question avait fait le tour de tous les organismes capables de produire ce genre de chiffres et aucun d’entre eux ne les avait fournis. C’est de cette manière que l’on ruine la démocratie. Le malaise démocratique s’ajoute au malaise culturel, au malaise civilisationnel, au malaise économique, au malaise social, au malaise sanitaire… Pendant des années, on a refusé de voir les conséquences des décisions que l’on prenait à l’hôpital, parce que l’on prenait toutes les décisions sur une base comptable - c’est ce que l’on appelle la politique du tableau Excel - en oubliant qu’il y a des vies derrière. Maintenant, on ne trouve plus de soignants, on ne trouve plus de médecins, de gens pour conduire les trains ou les autobus, de policiers ou d’enseignants… En plus, le taux de sélectivité s’est effondré. La plupart des fonctions dont nous avons absolument besoin ne trouvent plus de candidats et, quand il y en a, il y en a très peu et beaucoup s’en vont. Il va être compliqué de sortir de cette impasse. Les autres sociétés occidentales ne sont pas mieux loties. Les fractures sont béantes et, à la fin, c’est la violence qui monte. Ma seule obsession, c’est que les gens prennent conscience de la gravité de la situation Vous rappelez que le général de Gaulle a reconstruit l’État en lui rendant son autorité en 1958, au moment où le pays était au bord de la guerre civile. On sait que ce genre de personnage survient au moment où l’on ne s’y attend pas… Peut-on encore espérer l’apparition de quelqu’un de charpenté et comment se révélerait-il ? L’histoire nous le dira... On ne le sait jamais à l’avance. Je ne sais pas si la guerre civile ou la guerre de religion arriveront de nouveau, mais il y a plusieurs catégories de gens : ceux qui espèrent que cela se produira, et qui jouent avec le feu, les indifférents qui se disent qu’après tout cela n’arrivera plus, et puis il y a ceux que cela va peut-être arriver et qu’il faut absolument tout faire pour que cela n’arrive pas. Malheureusement, ces derniers ne sont pas très nombreux. La France a plutôt eu de la chance depuis deux cents ans. Il n’y a pas eu un grand blocage ou une grande crise qui n’ait été résolue par les urnes. Aurons-nous encore autant de chance ? Ma seule obsession, c’est que les gens prennent conscience de la gravité de la situation et de la pente sur laquelle nous sommes engagés. S’il ne se passe rien, comme c’est le cas pour les toutes les sociétés divisées et fracturées, nous irons vers la violence. Les sociétés divisées cherchent toujours à reconstituer leur unité par la violence. C’est une vérité anthropologique éternelle. Si nous continuons comme cela, nous finirons par être une société très divisée qui cherchera à retrouver son unité par la violence. Il ressortira ensuite un immense besoin d’ordre, qui aura un visage avenant ou rassurant... ou un visage terrible. Propos recueillis par Yannick Urrien. Henri Guaino : « Il se développe une défiance totale vis-à-vis de l’information officielle. » Vendredi 12 janvier, la Ville du Pouliguen vous propose de débuter l’année 2024 en rires et en chanson, avec le spectacle de « Blond and Blond and Blond», trois suédois décalés, amoureux de la chanson française. Le rendez-vous est donné à 20h30 à la salle André Ravache. Tø, Glär et Mår, un frère et deux sœurs, chantent ensemble depuis leur plus tendre enfance suédoise. Ils nourrissent une curiosité insatiable pour les classiques de la chanson française qu’ils détournent avec une singularité surprenante. Dans ce nouveau show, vous êtes conviés au mariage de Magnus et Gwendoline, qui ont choisi Blønd and Blönd and Blónd pour célébrer leur union. Extrait du menu : velouté de premiers émois d’amour, terrine de franchouille et son émulsion au vin Johnny, farandole soyeuse de sucre Bruni Carla et autres friandises musicales. French touch, guimauve, variétés, java-musette… aucun classique ne résistera à la suéditude passionnée mais corrosive du trio. Pratique : Vendredi 12 janvier, à 20h30, à la salle André Ravache (ouverture des portes à 20h). Billetterie auprès de l’Office de tourisme intercommunal (et plus particulièrement au bureau d’information touristique du Pouliguen) ou par téléphone au 02 40 24 34 44. Spectacle au Pouliguen : Blond & Blond & Blond, trois Suédois façon french touch
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