la baule+ 34 | Juillet 2024 La Baule+ : Pensez-vous que votre médiatisation puisse avoir pour effet d’amener beaucoup de jeunes vers la musique classique ? Renaud Capuçon : C’est peut-être plus complexe. Je ne cherche pas la notoriété, mais il se trouve que j’ai eu la chance d’être invité plusieurs fois dans des émissions de grande écoute et, moi-même, j’ai découvert la musique au Grand échiquier de Jacques Chancel. C’est vrai, les musiciens que j’ai pu entendre à cette époque, quand j’étais petit, Musique ► La star de la musique classique en concert à La Baule le 15 juillet Renaud Capuçon : « Je me jette dans le vide à chaque concert. » À l’international comme en France, Renaud Capuçon est une figure majeure de la musique classique. Violoniste et chef d’orchestre, il joue avec les plus grands orchestres du monde. Renaud Capuçon sera au Parc des Dryades lundi 15 juillet, dans le cadre du festival Rencontres Musicales de La Baule. Pratique : Renaud Capuçon (violon) et Guillaume Bellom (piano) à l’amphithéâtre des Dryades, lundi 15 juillet à 19h30. Programme : Johannes Brahms : Les 3 sonates pour violon & piano, Sonate n°1 en sol majeur, op. 78, Sonate n°2 en la majeur, op. 100, Sonate n°3 en ré mineur, op. 108. sont devenus des modèles et des gens que j’ai eu envie d’imiter. Certainement, cela contribue au fait que la musique classique soit un peu plus aimée, mais l’essentiel c’est le message que l’on fait passer. Je suis un artisan qui remet en permanence son art sur le métier et je me jette dans le vide à chaque concert. C’est toujours une plongée, c’est finalement plus important. Cette vie de musicien est extraordinaire, elle nous permet de faire passer plein de messages. On amène du réconfort, une puissance dans la force de l’émotion. C’est ce qui me passionne. Et peu importe l’endroit où je joue, que ce soit une petite église dans le Larzac ou une grande salle de concert à Londres ou à New York, j’essaie de faire passer le même message avec la musique. Il y a un manque de courage de la part du service public en raison de la course à l’audience Vous évoquez Jacques Chancel, qui réunissait sur un même plateau un grand musicien classique et un chanteur de variétés. Tout cela permettait la découverte… Il est difficile de faire des comparaisons. À cette époque, il y avait trois chaînes de télévision. Aujourd’hui, l’offre est énorme, mais c’est vrai, il n’y a eu qu’un Jacques Chancel et il y a eu qu’un Bernard Pivot. C’étaient des personnalités extraordinaires qui transmettaient leur passion. D’abord, on manque de ce genre de personnalités mais, au-delà, je trouve qu’il y a un manque de courage de la part du service public en raison de la course à l’audience. Si l’on veut essayer d’attirer plus de téléspectateurs que le jeu qui est en concurrence, évidemment on sait que l’audience de la musique classique sera moindre. Mais le but du service public, c’est aussi de défendre les arts. Ils le font déjà, mais cela pourrait être plus assumé. Je suis pour que l’excellence soit toujours au rendezvous Il y a parfois de belles chansons qui se rapprochent de la musique classique, il y a aussi les musiques de films, tout comme du classique revisité sur des airs de jazz ou de funk. Peut-on encore parler de segmentation ? Je suis pour que l’excellence soit toujours au rendez-vous. Quand c’est fait pour aller chercher le plus grand nombre, ce que j’appelle le populisme musical, c’est-à-dire que l’on rabaisse le niveau pour faire du chiffre, je ne le supporte pas. J’aime quand tout est possible, avec de grands artistes qui se rencontrent et, dans ce cas, tout est possible. Souvent, on évoque le fait de démocratiser la musique classique et je n’aime pas trop ce terme. C’est bien, mais cela peut aussi être limite. Sans vouloir réserver la musique classique à un club d’initiés, ce qui serait Photo : Simon Fowler
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