La Baule+

la baule+ 12 | Mars 2024 Vous aviez compris qu’il y aurait un rassemblement contre la gauche... Absolument. Si nous étions arrivés en deuxième position, nous aurions eu une petite chance d’être élus. Arriver en tête était un choc, mais pour moi, la messe était dite. Les droites se rallieraient, ce qui se produisit. Ensuite, comment s’est passé le passage de relais avec votre épouse, Anne ? Le plus tranquillement du monde. Ma femme est beaucoup plus active que moi ! J’avais fait quatre mandats, il fallait passer la main. Échangez-vous sur les dossiers baulois ? Nous en discutons. Nous ne sommes pas toujours d’accord, elle prend seule ses propres décisions. Franck Louvrier: les défauts d’un maire normal Que pensez-vous de Franck Louvrier ? C’est compliqué, mais c’est un maire normal, avec les défauts d’un maire normal. Il est peut-être un peu trop enclin à écouter certains, et moins d’autres avis. Mais nous sommes tous comme ça ! Évoquons maintenant la politique nationale. Vous avez commencé à la SFIO à Lille : étiezvous proche de Pierre Mauroy ? Non, je me suis affronté durement avec Pierre Mauroy avant ou juste après Mai 68. Alors, proche de JeanPierre Chevènement ? Oui, proche des idées qu’il incarnait. C’est ce qui explique votre évolution à l’égard du général de Gaulle... Oui, il y a l’idée de la patrie. Je suis patriote et je n’ai pas besoin du Rassemblement national pour avoir le sens de la patrie. Pour avoir une France forte, il faut une industrie forte. C’est un aspect que je ne prenais pas assez en compte quand j’étais étudiant. Le Général de Gaulle a réarmé l’industrie française et ses successeurs l’ont laissé couler peu à peu. Mais, les gens que je ne supporte pas, ce sont ceux qui rêvent du chaos ou du Grand soir. Le Grand soir précède toujours une dictature. À la Révolution française et ses moments de chaos succèdent Napoléon et son régime autoritaire et sanglant. Les désordres violents en Allemagne à la sortie de la guerre 14-18 conduisent tout droit à Hitler, comme les désordres qui ont suivi le renversement du Tsar en 1917 en Russie ont amené Lénine et Staline, etc. Rien ne nous met à l’abri de pareilles issues. Je ne suis proche de personne actuellement Finalement, vous avez peu de choses en commun avec la majorité d’aujourd’hui qui est plutôt mondialiste, libérale et libre-échangiste... Absolument. Pour moi, Macron nous conduit dans une impasse, comme les Républicains, et je ne crois pas au Rassemblement national. Je ne suis proche de personne actuellement. Je ne suis plus au Parti socialiste depuis longtemps. Avec Hollande, il a trop fait confiance au libre marché. Comment jugez-vous l’état de notre pays ? C’est douloureux. Je ne vois guère comment remonter la pente. Je ne vois pas dans les politiques quelqu’un capable de changer vraiment de cap. Qui ? Le Rassemblement national ? Il est miné de trop de contradictions et d’illusions, tout comme les Républicains. Ce n’est pas en faisant la chasse aux immigrés qu’on rétablira la France. Ce sont des mouvements réactionnaires qui donnent la priorité aux grandes firmes et aux gros agriculteurs. Édouard Philippe, c’est la même chose. Macron aussi... Le PS, j’ignore ce qu’il envisage. Et les Insoumis ? Monsieur Mélenchon hurle beaucoup et rêve d’un Grand soir, dont on connaît l’aboutissement. La créolisation de la société, qu’est-ce que cela signifie ? Arnaud Montebourg ? Oui, pourquoi pas... Mais j’ai 80 ans, mon temps est passé... Justement, quel est votre avis sur cette mode du jeunisme, avec un Premier ministre d’une trentaine d’années ? Idem avec Jordan Bardella... Un leurre de plus ! Accordons du crédit à Monsieur Attal, mais que ferat-il, même avec brio ? Du Macron. Donc favoriser les grands patrons, etc. Que pensez-vous du déclin de l’influence française dans le monde, avec ce qui se passe en Afrique, dans les pays arabes et maintenant en Russie ? Si nous sommes encore la sixième puissance mondiale, nous déclinons, et, à mesure que nous déclinons, nous perdons en poids. Donc, notre influence diminue, y compris sur les États africains. Ces États aspirent à se gérer eux-mêmes. Or, nous avons souvent voulu leur dicter leur conduite. Ce temps-là n’est plus. Donc il faudrait revoir complètement nos relations avec eux. Ils plongent dans les bras de la Russie en ce moment... Ils vont très vite le regretter. Les Russes ne résisteront pas au plaisir de leur dicter leur conduite et ne manqueront pas d’y installer leurs diverses mafias. Le résultat est connu d’avance. Rendez-vous dans dix ans ! Quel message souhaitez-vous faire passer ? Un espoir ! Que vienne quelqu’un et un parti qui puissent remettre les choses sur pied, sinon nous irons à la catastrophe ou au chaos. Avec cette crise, des Français me semblent de plus en plus enclins à penser moi d’abord, oubliant la notion d’égalité en droits qui est l’une des données fondamentales de la République. Donc, vous n’êtes pas un wokiste qui prône l’égalité... J’ignore ce que signifie wokiste ! Notre industrie est décapitée, donc nous manquons d’argent. La République doit permettre à chacun de pouvoir se réaliser et cela implique des tas de choses, notamment que l’école fonctionne bien. Or, par manque d’argent public, elle ne le fait plus vraiment. Pour faire des études supérieures, quand vous n’habitez pas la métropole, il faut que vos parents gagnent suffisamment d’argent pour que vous puissiez vous trouver un logement, pour payer votre nourriture, pour acheter des ivres, pour vous déplacer, etc. Où est l’égalité en droits quand l’État et les collectivités publiques ne construisent pas suffisamment de résidences universitaires, de restaurants universitaires, etc. Où est la solidarité ? Mais comment concevoir la solidarité, alors que la privatisation se fait par briques dans les services publics ? Le rôle d’une entreprise privée est de faire des bénéfices, mais pas d’être solidaire. Le rôle de l’État est donc fondamental. Or, nos gouvernements successifs ont choisi de laisser faire les entreprises, conformément au traité de Lisbonne : concurrence libre et non faussée…. On voit le résultat ! Quelles traces avezvous envie de laisser ? Aucune. Nous sommes de passage sur cette Terre par la grâce de nos parents. D’autres nous succèdent ! C’est la vie ! Pourquoi l’Éducation nationale metelle tant d’argent et tant d’ardeur à faire se questionner les gamins et les gamines de 12-13 ans sur leur métier à 18 ans ? On a peut-être une importance plus importante que celle que l’on imagine, notamment parce que vous avez pu transmettre le savoir à des centaines de jeunes... J’étais payé pour cela. J’espère que j’ai réussi. En tout cas, j’ai fait du mieux que j’ai pu et j’ai aimé ce métier. Un mot encore ! Je suis devenu enseignant par hasard. Jamais je n’ai pensé à 15 ans, et encore moins à 12 ans, que j’enseignerais un jour le français et le latin. Quand je suis entré en prépa à 17 ou 18 ans, j’ambitionnais de faire de l’histoire, pas d’être prof. Mais le professeur d’histoire diffusait à la classe entière un ennui si mortellement assassin, et le professeur de lettres était si ouvert et si passionnant, au moins pour moi... Cela suscite une question : pourquoi l’Éducation nationale met-elle tant d’argent et tant d’ardeur à faire se questionner les gamins et les gamines de 12-13 ans sur leur métier à 18 ans ? Comme si ces gamins et gamines pouvaient deviner ce que les hasards de la vie leur réservent cinq ou six ans plus tard ou plus encore ! Propos recueillis par Yannick Urrien. Jean Boyé: « Macron nous conduit dans une impasse.» Fabienne: 06 08 80 39 55 - fabienne@labauleplus.com Rozenn: 06 13 55 11 55 - rozenn@labauleplus.com Les entreprises qui communiquent traversent plus facilement les crises que celles qui ne communiquent pas. Kernews, la radio La Baule+, le journal Contactez-nous pour votre publicité :

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