la baule+ Mars 2024 | 17 mocratique assez étonnante au sein du parti bolchevique. Il fallait que le paysan russe, qui maintenant possède sa terre, puisse produire suffisamment pour sa consommation, mais aussi pour le marché. Il faut aussi que l’industrie se reconstitue sur la base des normes capitalistes pour produire des richesses. La bureaucratie stalinienne, c’est une caste de parasites qui ne conserve son pouvoir que par la multiplication des normes… Karl Marx avait d’ailleurs écrit qu’il était impossible de socialiser la misère… Karl Marx ajoutait que si l’on s’efforce de socialiser la misère, on va retrouver la merde des inégalités... C’est le terme exact employé par Marx. Ce traité, qui voulait changer la face du monde, a commencé à être appliqué à la barbe des alliés. Il faut d’ailleurs rappeler la colère du président américain de l’époque. Quand il apprend la signature de ce traité, il réunit tout le monde. Il est furieux et il se fixe pour objectif de sortir l’Allemagne des griffes des bolcheviques. En tout cas, ce traité permet une amélioration de la vie quotidienne en Russie et en Allemagne. Il y a aussi un aspect militaire. Malheureusement, Rathenau, ministre des Affaires étrangères allemand, est assassiné trois mois après la signature de ce traité. Quelques années plus tard, Staline va jeter à la poubelle ce fameux traité, par crainte de l’enrichissement d’un certain nombre de Russes qui se sont embourgeoisés et qui menaçaient son pouvoir bureaucratique. La bureaucratie stalinienne, c’est une caste de parasites qui ne conserve son pouvoir que par la multiplication des normes… Cela nous ramène aussi à notre actualité… Il faut un peu d’humour, mais ce n’est pas tout à fait la même chose ! Ces gens siphonnaient les richesses de la Russie au bénéfice d’une petite bureaucratie. Il ne faut pas oublier que la nouvelle politique économique commençait à faire éclore des phénomènes de capitalisme à l’intérieur de l’URSS. C’était intolérable pour Staline et il a déchiré le traité de Rapallo. En 1939, il a signé le pacte germano-soviétique avec Hitler. C’était surtout un pacte de collaboration politique, Staline ne cherchait pas à améliorer la condition des Russes. Il pensait surtout acheter sa neutralité vis-à-vis d’Hitler. On est en train de nous refaire le coup des armes de destructionmassive ! Vous citez Karl Marx : «Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre. » Aujourd’hui, on voit bien que nos politiques ne connaissent pas l’histoire. On a entendu des personnalités déclarer qu’il fallait « affamer la Russie », sans se souvenir de ce que cela avait produit en Allemagne après la Première Guerre… Absolument. Je viens d’entendre que les Américains se déclarent inquiets de la recherche russe qui s’orienterait vers une arme nucléaire spatiale. On est en train de nous refaire le coup des armes de destruction massive ! L’histoire se répète, il faut la connaître. Churchill disait que celui qui n’a pas de passé n’a pas d’avenir, Marx disait que celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre. Aujourd’hui, il y a quand même beaucoup de gens qui essayent de comprendre ce qui en train de se passer à la lumière de l’histoire. Les récits historiques ont des succès formidables en librairie, parce que les gens cherchent à comprendre, notamment ce qui risque de se produire. L’histoire, ce ne sont pas des modèles, mais des leçons, donc ce n’est pas démodé. Il y a des historiens de tous bords politiques. Quand j’ai écrit « Rapallo », j’ai trouvé deux ouvrages formidables, l’un de Benoist-Méchin, qui était collabo et gracié par de Gaulle, et un autre de Pierre Broué, trotskiste, qui a aussi écrit des choses admirables. Donc, j’ai été chercher partout. Quand on fait de la recherche historique, il ne faut pas être idéologue, il faut être scientifique. Propos recueillis par Yannick Urrien.
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