la baule+ 18 | Mars 2024 Bernard Campan : « Quand on fait rire les gens, on s’aperçoit que c’est un pouvoir. » Bernard Campan est venu à La Baule présenter, en avant-première au cinéma Gulf Stream, une comédie réjouissante qui traite avec subtilité d’un sujet particulier : l’échangisme. Usé par vingt-cinq ans de vie commune, le couple formé par Xavier et Sophie semble à bout de souffle. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’idée de Sophie de convier à dîner leurs voisins, Adèle et Alban, n’enchante pas Xavier. Il leur reproche leur manque de discrétion, surtout la nuit ! Au contact de ces personnes aux mœurs débridées, Xavier et Sophie vont devoir se confronter à leur réalité, avant d’être poussés dans leurs retranchements par une proposition indécente… Le film « Et plus si affinités » sera en salle le 3 avril prochain. Cinéma ► L’acteur et humoriste présente sa nouvelle comédie La Baule+ : On pourrait diviser le film « Et plus si affinités » en deux parties. On a d’abord l’impression qu’il s’agit d’une comédie populaire traditionnelle, qui fait rire tous les publics, mais il y a ensuite une seconde partie qui s’apparenterait presqueàun conte philosophique… Bernard Campan : Peutêtre, on peut le voir ainsi. Le sujet peut paraître assez léger et trivial, mais ce film a une véritable profondeur, qui est plutôt délivrée vers la fin, mais qui est quand même là depuis le début. Le film traite de la sexualité, mais ce n’est pas si anodin. C’est quelque chose de sérieux. On évoque l’usure dans un couple, l’amour dans le couple, ou la part de la sexualité dans le couple. Ce sont des sujets qui nous ont tous touchés, de près ou de loin, dans notre vie. On vous connaît comme humoriste, acteur dans de nombreuses comédies, mais vous avez eu des rôles plus profonds, comme dans « Le cœur des hommes ». Cette fois-ci, il y a le mélange des deux… C’est votre vision, alors que j’ai plutôt l’impression de faire un retour à la comédie. Depuis Les Inconnus, je n’avais pas vraiment joué beaucoup de comédies. «Le cœur des hommes » est romantique et tendre, alors que dans ce film, on démarre sur une structure de comédie. Un couple va recevoir ses voisins du dessus qui n’arrêtent pas de faire grincer leur lit toute la nuit. Mon personnage est de plus en plus outrancier et il pète les plombs à la fin. Donc, j’ai plutôt la sensation d’être dans une comédie. Vous y incarnez le rôle d’un mari qui aime sa femme et qui est un peu possessif. Lorsque son voisin lui propose l’échangisme, il pète un câble… Je ne sais pas si j’aurais terminé comme mon personnage, mais j’aurais commencé comme lui, évidemment, surtout si j’avais senti que ma femme était un peu fragilisée par cette proposition. Cela m’aurait rendu fou. Évidemment, 99 % des hommes réagiraient ainsi ! Il est de plus en plus difficile de faire rire et il y a beaucoup de sujets que l’on n’ose plus aborder. Or, la question de l’échangisme le permet donc encore… On a un peu de champ libre dans ce thème, mais il y a aussi l’écriture qui est importante. Les choses sont très drôles, toujours bien écrites. Ce n’est jamais vulgaire. Donc on est inattaquable. Sinon, ce sujet pourrait être pris en grippe par certaines personnes. Il est difficile de parler de tout ce que l’on veut sans être mis au ban de la société. La philosophie m’a beaucoup aidé Pourquoi êtes-vous attiré par la philosophie ? La philosophie m’a beaucoup aidé. J’ai une très belle amitié avec Alexandre Jollien et nous avons travaillé ensemble. C’est quelque chose qui m’anime. Quand j’étais jeune, j’ai passé mon bac grâce à la philo, mais c’était très conceptuel. J’avais fait un exposé sur Freud à partir de la psychanalyse des rêves, mais cela restait quelque chose d’extérieur. C’est à partir de la quarantaine que j’ai compris que cela me concerne directement, notamment ce que l’on appelle le voyage intérieur et l’introspection. J’ai une part assez négative. Je me renferme parfois. Faut-il avoir une réflexion intérieure, mais aussi un sens de l’observation, pour faire rire ? C’est vrai, l’humoriste, consciemment ou inconsciemment, est un observateur et il recrache ensuite tout ce qu’il a emmagasiné. L’artiste est une éponge du monde qui l’entoure. Il y a des humoristes qui ont beaucoup souffert d’être enfermés dans une image de comique et ils ont eu deux visages ensuite, entre le noir et la lumière. Maintenant, je ne vais pas dire que les comiques sont plus intelligents et plus philosophes, mais ils sont incontestablement plus observateurs. Quand on fait rire les gens, on s’aperçoit que c’est un pouvoir et on est parfois tenté d’en user. Au bout d’un moment, on a envie que l’on nous dise, non pas que l’on est quelqu’un de drôle, mais quelqu’un de bien et de profond. L’humoriste est parfois frustré quand il est enfermé dans sa condition d’humoriste. Pour être humoriste, il faut effectivement avoir une forme d’intelligence, puisque l’on observe la société. Coluche était quelqu’un de très intelligent. Il était même brillant et il compensait son absence de culture de base par une intelligence très développée. Cela ne se voit pas, parce que l’humour est parfois méprisé ou mis de côté, on le voit bien dans les récompenses, on nous explique que c’est un art difficile, mais cela reste quand même de la rigolade. Maintenant, c’est vrai, il y a une part de tristesse chez l’humoriste, au moins une part sombre. Ce n’est pas mon cas, mais je peux être négatif, râleur ou impatient. J’ai tous les petits défauts du monde, mais je les assume avec le temps. Je ne suis pas un personnage insupportable, toutefois j’ai une part assez négative. Je me renferme parfois. J’ai un peu peur d’aller vers le monde, de me confronter au monde, d’aller voir les gens. J’ai plutôt tendance à me renfermer avec mes amis et ma famille. Il peut être difficile de se confronter au monde lorsque l’on est connu… C’est vrai, cela peut jouer, mais on peut dépasser ce problème. Ce qui me fait peur, c’est la rencontre que l’on peut avoir avec l’autre. Cela peut amener des désagréments ou des surprises. Cela enlève un certain confort, alors que je recherche un certain confort. Finalement, je suis un bourgeois de la philosophie, je ne suis pas un philosophe. Nous savons tous que l’on a besoin de rire dans une société qui est très agressive… Ce que vous dites est vrai, mais je me souviens aussi que lorsque Les Inconnus sont apparus il y a trente ans, les gens venaient déjà nous dire : « On a bien besoin de vous, surtout en ce moment ! » Nous sommes arrivés après les Trente Glorieuses, dans une période qui commençait à s’assombrir. La crise se précisait, mais ce n’était
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