la baule+ 10 | Octobre 2024 Santé ► Pourquoi il est essentiel de savoir écouter son corps Anne Gabard-Allard : « Les émotions peuvent devenir toxiques si elles perdurent. » Anne Gabard-Allard a exercé la gynécologie pendant plus de quarante ans. Elle est titulaire de deux thèses universitaires et d’une maîtrise en histoire des sciences. Son livre s’inspire de la thèse pour laquelle elle a travaillé sur les témoignages de 300 patientes, avec l’objectif de mettre en miroir les événements de santé et les événements de vie, et ainsi montrer que la vision du médecin est souvent trop étroite et centrée sur la technique médicale, alors que la réalité est souvent plus vaste et dépendante de l’histoire personnelle de chacun. Les bénéfices issus de la vente de cet ouvrage sont reversés à la Fondation des Femmes car, souligne Anne Gabard-Allard: « Ce sont mes patientes qui m’ont fait confiance et qui m’ont permis, par leurs témoignages, de comprendre ce que j’ai compris. J’ai été admirative de beaucoup de patientes qui vivent dans l’adversité. » Anne Gabard-Allard dédicacera son livre jeudi 24 octobre, de 19h à 20h, à la librairie Lajarrige de La Baule, samedi 26 octobre, de 10h30 à 12h, à la librairie de Pornichet, vendredi 1er novembre au point presse du marché de La Baule, de 10h30 à 12h, et vendredi 8 novembre, de 16h30 à 18h, à la librairie du Pouliguen. « Mon corps raconte mon histoire» d’Anne Gabard-Allard est publié aux Éditions Solar. La Baule+ : Vous rappelez que ce sont les émotions qui guident notre santé. En fait, c’est un sentiment que nous avons tous déjà éprouvé de façon innée… Anne Gabard-Allard : Il est bien possible qu’on le sache déjà au fond de nous. Je suis très admirative de ce que la médecine peut faire, mais il y a aussi des problèmes médicaux qui restent sans réponse. À un moment de ma vie professionnelle, j’étais lassée de ces incompréhensions et j’ai voulu chercher autre chose. J’ai décidé d’ouvrir mon champ de vision en faisant un Master d’histoire des sciences, tout en continuant à faire de la gynécologie, et j’ai décidé de faire une thèse de recherche en philosophie de la médecine pour mettre en miroir les éléments de santé et les éléments de vie. Je me suis entretenue avec 300 patientes pour poser des questions dont je n’avais pas l’habitude. Chaque fois, c’étaient des entretiens de deux à trois heures et cela a duré cinq ans. Dans un premier temps, je me suis attachée aux événements de vie et j’ai compris que nos événements de vie nous affectent via les émotions qu’ils induisent. Notre corps n’est pas fait pour vivre avec une culpabilité, une honte ou une colère pendant des années. Nos émotions sont très précieuses et elles ont toute une justification. Une émotion n’est jamais ridicule. Une émotion nous renseigne sur la façon dont on vit avec notre environnement. Cependant, les émotions peuvent devenir toxiques si elles perdurent. Dans cet environnement, il y a aussi la conscience Lorsque vous évoquez les événements de vie, s’agit-il d’épisodes que nous avons personnellement vécus et de circonstances qui se sont peut-être imprimées dans notre ADN via l’histoire de nos ancêtres ? Complètement. Nous avons nos émotions propres et nous avons aussi celles de notre lignée qui sont imprimées dans ce que l’on appelle l’épigénétique, à savoir la façon dont l’environnement peut modifier l’expression de nos gènes. Nous avons les gènes de nos parents. On sait maintenant que seulement 3 à 5 % de ces gènes vont s’exprimer et c’est l’environnement qui a la capacité de pousser les gènes à s’exprimer, ou de les retenir. Dans cet environnement, il y a l’environnement physique, puisque nous sommes des êtres de matière, mais il y a aussi la conscience. Ce versant de notre réalité n’est pas suffisamment pris en compte et c’est ce que j’explique dans ma thèse de recherche. Chaque fois que l’on aborde le sujet des émotions par rapport à la science ou que l’on essaye de s’interroger sur la science, alors que le questionnement est le propre de la science, on se retrouve systématiquement traité de complotiste… La médecine est une science humaine et nous sommes soumis à des lois universelles. On a beaucoup tiré le curseur vers la science en oubliant que la médecine est une science humaine. Nous sommes des êtres singuliers et l’art de la médecine consiste à mettre ensemble ces lois universelles avec l’individu qui est singulier, avec une conscience supérieure. Cette partie de la singularité ne peut pas rentrer dans la démonstration scientifique. Est-il irréalistedepenser que des maladies graves surviennent davantage chez des petits artisans ou des petits commerçants qui subissent des tracas au quotidien et sont souvent angoissés, par rapport à des gens qui ont une sécurité de l’emploi ? Non, pas du tout. Je n’ai pas fait d’études sociologiques, mais nos difficultés de vie ne sont pas vécues de la même façon. Un artisan qui va avoir la boule au ventre pour payer ses fournisseurs peut prendre du recul et changer de métier. Cependant, il peut être aussi envahi par ses émotions qu’il n’arrivera plus à gérer et la maladie peut le guetter. Revenons aux femmes. Dans votre étude, vous évoquez notamment les cystites récidivantes. Une femme qui multiplie cela peut-elle l’interpréter comme un message de son corps lui expliquant que son compagnon n’était peut-être pas le bon ? Les cystites des femmes, c’est extrêmement banal et une femme sur deux fera une cystite au cours de sa vie. Si, dans une vie, une femme n’a jamais eu de cystite et si, à un moment donné, les cystites deviennent récidivantes, au point de gêner la vie quotidienne et sexuelle, il y a évidemment un sens. Notre corps est tel-
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