la baule+ Octobre 2024 | 11 lement intelligent qu’il nous dit des choses que parfois l’on ne sait pas encore. Notre corps nous envoie des messages, mais on n’a pas appris à les écouter. Au fond de nous, on a une connaissance de ce que l’on est vraiment. J’ai interrogé des femmes en leur disant que les cystites ont commencé à telle date, en mettant d’autres événements en miroir, elles m’ont dit qu’elles n’avaient pas pensé à cela et une étincelle s’est produite. En cas de maladie auto-immune, le système immunitaire se retourne contre nous Avez-vous un autre exemple à nous faire partager ? Les maladies auto-immunes sont très importantes. Nous avons un système immunitaire qui est fait pour nous défendre et, en cas de maladie auto-immune, le système immunitaire se retourne contre nous, donc c’est illogique. On retourne nos défenses contre nous-mêmes. Dans la vie de ces femmes, j’ai souvent trouvé une colère ou une culpabilité verrouillée depuis des années ou des décennies. Une patiente a fait une polyarthrite, une maladie qui ronge les articulations, elle m’a raconté sa vie. Quand elle était jeune femme, elle a eu une petite fille qui a échappé à sa surveillance à l’âge de deux ans et a été écrasée sous ses yeux en traversant la rue. Depuis, elle a été rongée par une culpabilité et une colère contre l’automobiliste. Pendant vingt ans de sa vie, elle a eu des émotions insupportables pour un être humain. Une polyarthrite doit se traiter avec tous les moyens de la médecine, bien entendu, mais si l’on peut apaiser les émotions avec lesquelles un être humain a beaucoup de difficultés à vivre, je pense que cela peut agir sur le processus de guérison. Ce que vous venez de nous décrire est une forme de coup d’État, comme lorsque l’armée se retourne contre les dirigeants d’un pays. Est-ce un coup d’État biologique ? Absolument, c’est la même chose. Le corps répond qu’il ne peut pas vivre en harmonie avec de telles émotions. On ne peut pas vivre avec des émotions difficiles au long cours. Cette sensibilisation aux émotions peut nous aider D’ailleurs, le langage traduit très bien cela à travers des expressions usuelles comme « le cœur brisé », « tu me fends le cœur », ou « les ennuis me rongent ». Malgré tout, souvent, on n’y peut rien… Si l’on ne peut pas changer les événements de sa vie passée, on peut changer les émotions induites. Parfois, on dit que c’est le stress et on ne sait pas comment le gérer. La chose n’est pas la même si la connaissance de nous-mêmes nous permet de décoder l’émotion. Une émotion reconnue et accueillie est déjà apaisée. Il faut étiqueter cette émotion pour savoir si notre vie est supportable en l’état, ou non. Si le corps ne peut pas supporter cela, il y a une décision à prendre. On peut peut-être réagir avant que la situation devienne ingérable, en étant davantage en éveil sur ce qui nous arrive et les symptômes que notre corps nous envoie, avant le moment de non-retour, et cette sensibilisation aux émotions peut nous aider à prolonger notre chemin. Comment expliquer le fait que certaines personnes vivent en permanence dans le combat et supportent toutes les agressions ? Ces personnes vivent peutêtre en harmonie dans cette quête de toujours conquérir et de toujours faire plus. Nous sommes tous singuliers. J’ai récemment fait un TED sur les émotions et il a fallu six mois pour que la vidéo soit mise en ligne, parce que la direction de TED m’a dit : « Vous n’avez pas de preuves ! » Mais on n’aura jamais de preuves, puisque nous sommes tous singuliers. D’ailleurs, je ne veux pas dire que je détiens la vérité, je veux juste témoigner sur mes quarante ans de gynécologie et mes dix ans de recherche. Peut-on résumer notre conversation par le fait que chaque fois que l’on « emmerde » quelqu’un, pour reprendre l’expression de Georges Pompidou, que ce soit à titre personnel ou étatique, que ce soit dans la vie de couple, au bureau, avec le chef de service tatillon, bref, on tue l’autre à petit feu ? Vous avez raison. Dans une relation, on est deux. Il y a celui qui embête l’autre, mais il y a aussi vous et ce que vous avez envie d’accepter. Je pense que l’on a une zone d’habilité physique, mais nous avons aussi une zone d’habilité mentale qui est bornée par nos émotions. Si l’on met des limites à cette zone d’habilité, on est dans une réaction et on a le droit de dire que nous voulons changer de façon de vivre. Propos recueillis par Yannick Urrien.
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