La Baule+

la baule+ 24 | Décembre 2025 La mode a la capacité d’émerveiller, de rassembler, d’ouvrir les esprits La Baule+ : Vous avez donné une conférence au Croisic sur le thème de l’art et de lamode. On dit souvent que ce qui est à la mode n’est pas de l’art, puisque, par définition, l’art traverse les époques. Pourtant, ce qui est à la mode un certain temps le redevient quelques décennies plus tard, qu’il s’agisse de la musique, du mobilier ou des vêtements… La mode, est-ce finalement de l’art ? Jean-Charles de Castelbajac : Pour moi, la mode a toujours été un médium parmi d’autres médiums. Ma préoccupation a été de constituer un univers, un mode de vie. Donc, je me suis intéressé à l’art global. La mode a la capacité d’émerveiller, de rassembler, d’ouvrir les esprits et surtout de faire converger toutes les disciplines. Il se trouve que je suis très indiscipliné. Je n’aime pas les disciplines et jeme suis battu toute ma vie pour faire de toutes ces disciplines un art total ! C’est le style Castelbajac. Léonard de Vinci était indiscipliné, tout comme Molière… C’est vrai et je suis heureux de faire partie de cette splendide famille. L’art, est-ce une sorte de savoir-vivre des indisciplinés ? Oui. C’est aussi la capacité à appréhender et anticiper l’air du temps en permanence. Il s’agit de proposer un ensemble de choses qui participent à la marche de l’époque. J’adore ce métier parce que je peux toucher le plus grand nombre. Que ce soit quand j’habille Lady Gaga ou quand j’habille les prêtres de Notre-Dame, il y a toujours ce message d’espoir en apportant, dans cette époque assez dystopique, un regard positif. Le facteur essentiel, c’est la curiosité Votre style a parcouru les décennies. Comment conserver cette signature, notamment à travers vos couleurs, tout en traversant les époques ? Tout est dans l’appétit et la curiosité. Le facteur essentiel, c’est la curiosité pour les talents émergents, comme le son et la musique de demain. Je travaille toujours avec de jeunes plasticiens, musiciens ou architectes. J’ai toujours construit cette idée de collaboration et de dialogue. Ce n’est pas seulement une transmission qui va de mon sens vers eux, je reçois aussi, et l’on crée quelque chose qui est finalement le résultat d’une communion en quelque sorte. Dans l’exposition que je présente à Toulouse, « L’imagination au pouvoir », on retrouve cinquante ans de collaboration et de dialogue avec d’autres artistes. C’est ce qui rend, je pense, mon style fort et pérenne. Un novice identifiera toujours la signature… Dans l’archipel de mes créations, cela va des vêtements liturgiques que j’ai créés pour Jean-Paul II, aux robes de Lady Gaga, en passant par des meubles et des lampes. Il y a toujours cette écriture, les couleurs, la dimension historique et une histoire. C’est toujours chargé de sens. Il y a aussi une grande simplicité qui permet aux objets que je crée de surfer sur les décennies et d’exister encore, comme le mocassin multicolore Weston, qui a quarante ans. C’est ce que j’essaye aussi de transmettre aux jeunes générations de créateurs, à savoir comment construire un style. Peut-on apprendre à construire un style ? Oui, on peut donner des codes de transmission. On vit de tels soubresauts de propositions d’images, nous sommes dans un tel tsunami de provocations de l’inconscient collectif, que les jeunes artistes ont compris qu’il faut rebondir et toujours échanger. Mais il y a une base stylistique, sur la construction, la gamme chromatique et les détails, et cela peut se transmettre. C’est ce que je fais lorsque j’enseigne. On retrouve une base depuis la nuit des temps. Par exemple, dans la musique, lorsque l’on va de Gabriel Fauré à Lady Gaga en passant par Gershwin… Vous avez raison, cette base est dans la permanence d’actes gratuits. Il s’agit de toujours continuer à faire des choses pour notre respiration émotionnelle. Par exemple, j’ai toujours une craie sur moi et je dessine des anges depuis trente-deux ans. Ce sont des anges très éphémères qui rencontrent un regard, Mode > Le célèbre styliste et créateur est un amoureux du Croisic Jean-Charles de Castelbajac : « Je suis un Croisicais d’adoption et j’adore me balader dans la ville. » Jean-Charles de Castelbajac travaille en « homme libre ». Ce créateur de renom fait ce qui lui plaît au gré des rencontres et des envies. Il a récemment conçu les vêtements liturgiques pour la réouverture de Notre-Dame de Paris et dessiné la scénographie d’une vente aux enchères que Sotheby’s vient de consacrer à Napoléon. Ses créations ont été portées par les plus grandes stars mondiales, des années 70 à nos jours, par exemple Diana Ross, Madonna ou Lady Gaga. Une grande exposition lui est consacrée à Toulouse du 12 décembre 2025 au 23 août 2026. Les Abattoirs présentent une exposition de 300 œuvres, vêtements, objets de design, dessins et photographies de Jean-Charles de Castelbajac. «L’imagination au pouvoir » est une invitation à découvrir les multiples facettes d’un artiste à l’inventivité sans limite. Depuis plusieurs années, Jean-Charles de Castelbajac vient souvent au Croisic. Avec les balades en vélo en famille sur la Côte sauvage et les promenades dans les ruelles du Croisic, la cité maritime n’a plus de secrets pour lui. Un jour d’octobre, Jacques Bruneau, premier adjoint à la mairie du Croisic, lui a proposé de faire une conférence pour parler d’art et de mode. Le créateur a immédiatement accepté. La rencontre a eu lieu le 29 octobre dernier à la salle Jeanne d’Arc, pleine à craquer. Les Croisicais ont été fiers d’apprendre que la star mondiale était un fidèle de leur commune. Jean-Charles de Castelbajac répond aux questions de La Baule+.

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