la baule+ Décembre 2025 | 25 quelqu’un en souffrance ou en questionnement, et ils apportent une réponse. Il est important de flâner et d’aller en quête de l’invisible. Quand je me promène le soir au Croisic, la lumière a chuté, je ressens encore ces présences d’un autre temps et c’est pour cela que j’aime Le Croisic. C’est cette phrase de René Char : « L’artiste n’a pas besoin de preuves, seules les traces font rêver.» Les traces, cela peut être la projection du nombre. J’ai une relation particulière aux villes En fait, vous êtes le seul tagueur que les maires souhaitent voir passer dans leur commune ! Ma passion pour l’histoire fait que j’ai une relation particulière aux villes et aux murs. Récemment, la Société de géographie m’a demandé d’intervenir avec un grand dessin sur un mur boulevard Saint-Germain à Paris et j’ai trouvé le principe de faire des installations murales pour les monuments historiques. Je fais ce travail avec des quadrillages de bois, je provoque des ombres et j’ai un ange de 16 mètres boulevard Saint-Germain. La craie, c’est minéral, cela reste. J’ai toujours eu en moi quelque chose de mystique Est-ce votre ange gardien qui vous souffle ces créations ? J’ai toujours eu en moi quelque chose de mystique et, même dans mes plus grands moments de solitude, j’ai toujours eu le sentiment d’une présence. C’est ma manière de prier aussi. Alors, est-ce aussi votre ange gardien qui vous a inspiré dans le choix des couleurs Castelbajac ? Non, ce sont plutôt mes ancêtres. C’est mon chemin familial. C’étaient les couleurs des vitraux et des drapeaux. Ce sont des couleurs primaires très simples. Ce sont les couleurs des arcsen-ciel en Normandie. Les couleurs sont visibles et concrètes, alors que l’ange c’est vraiment l’invisible. J’ai toujours ce chemin. Comme vous le voyez dans NotreDame, j’ai utilisé la couleur, ce chemin du visible, pour révéler l’invisible. Ces couleurs, je les ai ramassées sur le sol de Notre-Dame Vous nous rappelez à quel point vos couleurs sont intemporelles. Or, quand vous avez travaillé pour les JMJ ou pour la réouverture de Notre-Dame, on a parfois entendu des commentaires assez négatifs… Lorsque l’archevêque, Monseigneur Ulrich, a frappé avec la crosse sur la porte de Notre-Dame, il y avait 1,2 milliard de téléspectateurs, un enthousiasme universel, mais aussi quelques grincheux qui ont dit : «Pourquoi ces couleurs dans la liturgie ? » Or, ces couleurs, je les ai ramassées sur le sol de Notre-Dame. C’étaient les vitraux brisés, c’étaient les couleurs liturgiques. J’utilise ces couleurs depuis 1987 pour l’Eglise et la couleur principale reste le blanc. Sur ce blanc, j’ai le droit d’inscrire toutes ces couleurs en tant qu’artiste. Il fallait qu’il y ait cette force chromatique. D’ailleurs, c’est l’archevêque qui a voulu cela. (Suite page 26) Jean-Charles de Castelbajac : « Quand je me promène le soir au Croisic, la lumière a chuté, je ressens encore ces présences d’un autre temps. »
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