la baule+ Mai 2025 | 17 la France libre à Brazzaville. François Mitterrand a été vichyste La France semble découvrir en ce moment, à la faveur du livre de Patrice Duhamel, la photo historique de François Mitterrand avec le maréchal Pétain. Qu’en pensez-vous ? C’est une photo historique et tous les présidents n’ont jamais voulu la publier, notamment le général de Gaulle qui disait : « Il ne faut pas abîmer la France ». Je tiens à dire simplement que François Mitterrand a été vichyste. Certes, il prétend avoir été résistant, mais ce que je lui reproche c’est l’amitié qu’il n’a jamais démentie à l’égard de René Bousquet et de Jean-Paul Martin, qui était le chef de la police de Vichy et qui fournissait aux Allemands des indications sur les résistants et les juifs. Je lui reproche cette fidélité, mais pas son action pendant la guerre, parce que l’on ne peut pas être juge de cette période. Votre objectif est-il également de rappeler que les résistants étaient peu nombreux ? En 1944, le général s’est promené dans des villes fraîchement libérées. Il croisait des militaires avec beaucoup de galons, qui poussaient tout à fait subitement, et il s’est adressé à quelqu’un qui en avait peu en lui disant : « Vous ne savez pas coudre ? » Quand les choses prennent un tour beaucoup plus net, tout le monde vient se déclarer un peu tardivement. Pour être Français libre, il fallait s’engager avant le 1er août 1943. Vous rendez hommage à Pierre Louis-Dreyfus, qui a habité à La Baule très longtemps… Il était Compagnon de la Libération. J’ai eu la chance de le connaître et j’ai rarement vu quelqu’un d’aussi modeste et d’aussi discret. Pierre est né en 1903. Il a fait la campagne de 1940 comme officier et il a eu deux palmes à sa Croix de guerre. Il s’est engagé dans un réseau de résistance. Il a rallié la première division française libre, puis on lui a dit qu’il devait aller en Angleterre avec sa famille pour être tranquille, afin de ne pas être persécuté par les dispositions en vigueur en France à l’époque. En Angleterre, on lui a demandé de faire un résumé des missions des pilotes. Il a très rapidement demandé à être pilote, mais comme il ne savait pas piloter, il s’est engagé comme mitrailleur. Il était capitaine, mais il s’est engagé à ce poste dévolu normalement à un sous-officier. Il a fait 81 missions, ce qui est énorme. Ce sont vraiment des gens au-dessus du commun. On a souvent tendance à mettre plein de drapeaux américains dès que l’on parle de la guerre, mais il ne faut jamais oublier les Africains Quel message souhaitez-vous lancer aux jeunes ? Il ne s’agit pas de ressasser cette période en permanence, mais surtout de parler du courage et de l’engagement, et ne jamais oublier toutes ces persécutions et ces massacres. Il ne faut jamais oublier que les Russes ont eu 16 millions de morts civils, c’est affreux, il y a eu 6 millions de juifs anéantis... La masse des victimes est considérable. En France, on a souvent tendance à mettre plein de drapeaux américains dès que l’on parle de la guerre, mais il ne faut jamais oublier les Africains. Je connais bien le Maroc et j’ai rencontré les goumiers marocains qui ont suivi Juin. Il ne faut oublier personne. N’oublions pas cette phrase d’un tirailleur algérien, blessé mortellement en Alsace, à qui le médecin dit qu’il va essayer de le soigner et qui répond : « Non, le lieutenant Bel Hadj va mourir, ce n’est pas grave, vive la France. » Propos recueillis par Yannick Urrien
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