La Baule+

la baule+ Mai 2025 | 7 vibrant. On dit souvent que les Français sont un peuple très politique. Les gens s’intéressent, ils ont un avis sur la chose publique et c’est heureux. Il n’y a rien de pire que l’indifférence. Il faut se réjouir d’avoir un peuple qui vibre. Je pense que les Français sont plutôt pessimistes sur leur avenir collectif. Je ne dirai pas qu’ils ne s’aiment pas, mais c’est à nous, politiques, de réenchanter l’avenir. Cette assemblée a besoin d’une présidence ferme, mais apaisée On garde le souvenir de Jean-Louis Debré, presque directeur d’école, quand il présidait l’Assemblée nationale. Mais on a une image de vous beaucoup plus calme et consensuelle : je pense à Raymond Forni, par exemple… Cela me fait plaisir. J’ai été inaugurer à Belfort il y a quelques semaines une place Raymond Forni, qui a eu un parcours républicain absolument extraordinaire. Effectivement, ma méthode est d’être plus calme. Je ne veux jamais répondre par de l’énervement et de la colère à certaines provocations, parce que j’ai la conviction que cela ne ferait qu’empirer les choses, surtout dans cette assemblée qui est très vivante et qui a des forces politiques extrêmes qui se font face. Cette assemblée a besoin d’une présidence ferme, mais apaisée. Vous citez à deux reprises Philippe Gosselin, député LR de la Manche, pour raconter comment les choses se passent. Cet exemple est important. Il défend ses convictions, le climat peut être tendu, mais il vous a écrit un petit mot : « Sans rancune ». Les Français ne doivent pas penser que c’est un théâtre, où les députés feraient semblant, mais il faut comprendre que la défense des convictions fortes doit s’exercer sans mépris vis-à-vis de l’autre… On a des convictions et des points de vue, qui peuvent être diamétralement opposés, mais il y a derrière des hommes et des femmes qui s’engagent sincèrement. Philippe Gosselin a été mon vice-président pendant cinq ans à la Commission des lois, lorsque je la présidais et c’est un formidable parlementaire républicain. Nous avons des points de désaccord, mais je peux vous assurer que nos points d’accord sont bien plus nombreux. Or, il faut aller les chercher. C’est pour cela que je suis entrée en politique. Je crois en cette promesse de déplacement des clivages, pour échanger, discuter et construire avec des gens qui sont, par essence, en désaccord avec vous. C’est ma méthode. J’essaye toujours d’aller chercher des points de convergence avec chacun, plutôt que d’accentuer ce qui nous sépare. On devient président de l’Assemblée nationale parce que l’on s’est battu Il y a aussi quelques anecdotes dans votre livre. Lorsque vous envisagez votre candidature à la présidence de l’Assemblée nationale, Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée à l’époque, vous déclare que ce ne sera pas possible parce que Gérard Larcher est président du Sénat et qu’il est élu des Yvelines comme vous… J’ai raconté cette anecdote pour illustrer justement le fait que la politique est un combat. Il faut aller chercher l’élection, il faut aller chercher les voix, mais il faut aussi prendre son risque. On ne devient pas président de l’Assemblée nationale en étant proposé par quelqu’un, ou par calcul. On devient président de l’Assemblée nationale parce que l’on s’est battu, en prenant des risques, et c’est aussi une invitation à la prise de risques et à l’audace. Je raconte cette anecdote, car on pourrait croire que ce type de fonction vous est servi sur un plateau et ce n’est vraiment pas le cas. C’est ce que je dis aux jeunes que je rencontre: « Allez-y, osez, foncez, prenez des risques, parce que c’est comme cela que vous construirez votre vie et votre destin. » Lorsque vous êtes malade, si vous devez le cacher, le combat est encore plus difficile Vous évoquez aussi dans ce livre la maladie et votre lutte contre le cancer… N’ayez pas peur : c’est un message à la société pour qu’elle soit plus inclusive et tolérante à l’égard des personnes qui sont dans la maladie. Lorsque vous êtes malade, si vous devez le cacher, le combat est encore plus difficile. Il faut absolument que la société soit beaucoup plus bienveillante vis-à-vis de chacun. On parle du handicap, mais il y a aussi ces maladies qui font peur. À la place qui est la mienne, si je peux y contribuer, c’est une bonne chose pour que l’on puisse parler de la maladie sans tabou. On peut sauver les gens par la bienveillance. On sait que c’est en encourageant des malades à avoir un projet qu’ils arriveront à s’en sortir… Il est très important, quand on est malade, d’avoir des projets et de se sentir utile à la société. Il faut être dans des collectifs, partager ce que l’on a, plutôt que de se recroqueviller sur soi-même. Il est important que la société change de regard sur la maladie. On ne se résume pas à la maladie et le message par rapport à la prévention est essentiel. Il faut aller se faire dépister, c’est gratuit, c’est indolore et cela peut vous sauver la vie. (Suite Page 8) Yaël Braun-Pivet : « Notre pays est capable du meilleur, mais il faut croire en nous individuellement et collectivement. »

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