la baule+ 6 | Mai 2025 Chacun peut construire son destin pour trouver la place qui est la sienne La Baule+ : Pourquoi ce titre, « À ma place », alors qu’en fait ce n’est pas vous qui décidez, mais les Français… Yaël Braun-Pivet : C’est vrai, ce sont les Français qui nous élisent. Donc, la légitimité de notre action vient de l’élection. Quand vous êtes élu président de l’Assemblée nationale, ce ne sont plus les Français, mais leurs représentants qui vous élisent. Donc, il y a une double légitimité, celle de l’élection par les Français, mais aussi par nos pairs. J’ai cette double légitimité, puisque j’ai été réélue par mes pairs en 2024. Le titre est là aussi pour dire que chacun peut construire son destin pour trouver la place qui est la sienne. Ce n’est pas une place à laquelle on vous affecte, mais aussi celle que l’on décide de prendre. Nous sommes des hommes et des femmes comme tout le monde Pourquoi sortir ce livre maintenant ? Après la dissolution, j’ai eu le sentiment qu’il fallait que j’explique aux Français qui j’étais. J’ai été élue à la présidence de l’Assemblée nationale avec un gain de notoriété, ce qui est certain, mais les Français me connaissaient quand même peu. Ensuite, j’ai voulu mettre bout à bout des textes que j’avais écrits au fur et à mesure de certains événements qui m’avaient marquée et que je ne voulais pas oublier. J’ai pensé que c’était le moment de mettre tout cela en cohérence. Enfin, j’en ai un peu assez de cette détestation des Français à l’égard de leurs hommes et de leurs femmes politiques! J’avais envie de les inviter à venir à ma place, en leur montrant les coulisses, l’impact que cela a sur ma vie et ce qu’est la politique quand on n’est pas une professionnelle, mais simplement une citoyenne qui a décidé de s’engager à 47 ans, alors qu’elle avait déjà fait une partie de sa vie. J’invite les Français à venir avec moi dans les coulisses de la politique, à travers ce livre, pour qu’ils se rendent compte que nous sommes des hommes et des femmes comme tout le monde, avec simplement le désir de s’engager. Vous rappelez cet événement : vous avez été la première femme élue à la tête de l’Assemblée nationale. L’élection de Gaston Monnerville à la présidence du Sénat, puis, quelques décennies plus tard, la vôtre à l’Assemblée nationale, sont-elles deux marqueurs à retenir ? Je ne sais pas, mais en tout cas il était grand temps qu’en 2022 une femme soit élue à la présidence de l’Assemblée nationale. Je crois même qu’il était un peu tard... Rien ne prédestinait mon grand-père à avoir une petite-fille présidente de l’Assemblée nationale Dans votre livre, on peut identifier trois parties : celle sur votre histoire, celle sur vos combats politiques et une dernière un peu plus style « House of Cards » sur les coulisses de la politique… Il y a également cette introduction sur l’histoire de vos grands-parents et celle de votre maman. On découvre que rien n’a été facile… C’est aussi cela que je voulais déconstruire. Certains peuvent penser que la politique est quelque chose de réservé à une caste de privilégiés et d’héritiers. Je voulais montrer que rien ne me prédestinait à devenir présidente de l’Assemblée nationale et que rien, dans mon histoire familiale, ne pouvait me conduire à cela. Rien ne prédestinait mon grand-père à avoir une petite-fille présidente de l’Assemblée nationale. C’est la promesse républicaine. C’est la force de notre République qui permet à chacun de s’instruire, de se former, de grandir, de s’engager et de tracer sa route. Lorsque l’on comprend votre parcours, on ressent que cet engagement est lié à la souffrance de vos grands-parents, ce combat contre une idéologie raciste et totalitaire, et vous évoquez les événements du 7 octobre. Vous rappelez une attaque de Jean-Luc Mélenchon en disant que vous n’éprouvez que du mépris face à cela… C’est Robert Badinter qui m’avait conseillé d’avoir cette réponse de mépris. Préserver l’État de droit, préserver la démocratie… En ce moment, sur Canal+, il y a ce film terrifiant « Rendez-vous avec Pol Pot ». N’est-ce pas en analysant tout ce que nous évoquons qu’un engagement se forge ? Cela forge un engagement. Cette histoire qui est la mienne m’oblige à venir défendre les valeurs pour lesquelles tant d’hommes et de femmes ont combattu et sont morts. Il s’agit de défendre les valeurs de la République, défendre notre devise, lutter pied à pied contre l’antisémitisme, préserver l’État de droit, préserver la démocratie… C’est la plus belle des missions et c’est celle qui m’incombe. Les Français sont plutôt pessimistes sur leur avenir collectif La France est un curieux pays, car une petite-fille de juifs de l’Est pourchassés par les nazis se retrouve à la présidence de l’Assemblée nationale. C’est magnifique, mais en même temps on a le sentiment que les Français ne s’aiment pas… Je ne sais pas si les Français ne s’aiment pas, mais c’est un pays très vivant et très Yaël Braun-Pivet : « Je viens à La Baule depuis que je suis enfant. » À l’occasion de la sortie de son livre, « À ma place », Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, a été invitée mercredi 23 avril dernier par Stéphane Hoffmann aux Rendez-vous de La Baule. Première et unique femme présidente de l’Assemblée nationale, députée réélue plusieurs fois, cette mère de cinq enfants révèle les coulisses de son incroyable parcours. Yaël Braun-Pivet, qui connaît bien La Baule, a reçu Yannick Urrien pour un entretien exclusif. « À ma place » de Yaël Braun-Pivet est publié aux Éditions Buchet Chastel. Politique ► Entretien exclusif avec la présidente de l’Assemblée nationale
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