la baule+ 10 | Mars 2025 Finances ► L’économiste livre quelques clefs pour nous permettre de prendre notre argent en main Matthias Baccino : « Les institutions financières historiques ont rempli la tête des gens de nombreuses erreurs. » Matthias Baccino, 39 ans, est économiste et directeur des marchés européens de la néobanque allemande Trade Republic. Diplômé de Sciences Po Aix et de l’ESSEC, il participe à des think tanks sur les questions politiques et économiques. Il réalise des chroniques et des tribunes dans la presse, et ses interviews sur les réseaux sociaux cumulent des millions de vues. « Prenez votre argent en main » de Matthias Baccino est publié aux éditions Michel Lafon. La Baule+ : D’abord, vous rappelez que la France est un pays particulier en raison du manque d’éducation financière de la population. Comme nous nous situons dans un contexte d’appauvrissement collectif, nous avons tendance à nous tourner vers de faux coupables, comme les patrons, les riches ou les milieux financiers… Matthias Baccino : Effectivement. On observe aussi cela dans d’autres pays européens, notamment en Espagne et en Italie. Les gens ont compris qu’ils ne peuvent plus faire l’autruche. Ils ont envie de savoir, parce que la génération Z a décidé que le fait de gaspiller son argent au quotidien dans de mauvaises pratiques était quelque chose de dépassé. Ils ont bien raison, parce qu’avec l’explosion de la dette de l’État et le vieillissement de la population, il est évident que le système de protection sociale va devoir évoluer en incluant une dimension d’action individuelle. Il ne s’agit pas d’accumuler des pièces comme Picsou, mais si l’on ne fait rien, les Français vont s’appauvrir et c’est inévitable. La protection sociale individuelle, c’est ce qui permet de sauver notre système collectif. La transition sera quand même longue, car de nombreuses personnes n’ont pas épargné puisqu’elles ont été imprégnées des discours de l’État sur leur retraite garantie… L’État a une responsabilité énorme. Mais c’est toujours pareil, c’est tout le monde et personne. Les réflexes que nous avons eus longtemps ne sont plus valables : par exemple, le fait de laisser dormir son argent sur un compte courant ou d’accepter de payer et de recevoir 2 % chaque année sur son épargne. Les institutions financières historiques ont rempli la tête des gens de nombreuses erreurs. Tout cela a été établi par le marketing des acteurs traditionnels qui ne sont là que pour engranger des frais. Notre position est très difficile pour les gens qui ont plus de quarante ans, car il est très difficile à quelqu’un qui a fait confiance à son banquier depuis vingt ans d’admettre que cela fait vingt ans qu’il se fait berner. Il y a un réflexe psychologique qui consiste à dire qu’il n’est pas possible d’accepter que l’on ait été dupé. Les frais de gestion, c’est n’importe quoi. Laisser son argent dans des comptes qui ne rapportent rien, avec 15 % d’inflation en quatre ans, c’est une énorme erreur. Le crédit à la consommation, avec des taux de 7 à 15 %, c’est très dangereux... Il y a beaucoup de choses à dire. Un Français sur deux n’arrive pas à finir son budget à la fin du mois, c’est normal, personne n’a reçu la moindre éducation financière. En plus, il y a autour de l’argent un tabou qui empêche d’en parler à ses proches. On peut avoir quelques vérités sur l’argent, mais si personne n’ose en parler, on n’avance pas. Je préconise la règle du 50/30/20 Il ne faudrait pas culpabiliser tous les Français. Prenez quelqu’un qui gagne 1600 € par mois : entre le loyer, les frais divers et les courses, on ne va pas lui dire qu’il va devoir mettre 20 % de son argent en épargne… Oui, c’est particulièrement difficile pour les petits salaires dans les grandes villes. Le problème, c’est lorsque l’on a un faible revenu et que l’on habite dans un endroit où la vie coûte cher. Je préconise la règle du 50/30/20: 50 % de ce que l’on gagne doit être consacré aux dépenses obligatoires, 30 % aux dépenses facultatives et 20 % à l’épargne. Cette règle de budget doit être mise en œuvre dès son premier salaire, car cela permet de s’organiser en conséquence. Il faut aussi, et c’est indispensable, ne pas tenir son budget seul. Souvent, lorsque l’on est seul, on est guidé par ses émotions. Tout le monde peut épargner aujourd’hui et notre responsabilité individuelle est de se former. Bien entendu, quand on rembourse un crédit immobilier chaque mois, cela doit être intégré dans son effort d’épargne… Oui, c’est plutôt une bonne épargne, à condition de ne pas avoir un taux trop élevé sur son crédit immobilier. D’ailleurs, il faut toujours essayer de renégocier lorsque les taux baissent. Avoir un crédit à 4 % sur 25 ans, cela correspond à payer une fois et demie sa maison. La valeur de la maison se retrouve augmentée de 50 % ! Il faut être conscient de la réalité de l’argent et cela peut changer la vie. Vous soulignez que certaines personnes éprouvent encore de la confiance à l’égard de leur banquier et que cela doit changer… C’est en train de changer. Les gens s’aperçoivent que les banquiers eux-mêmes sont les plus malheureux, parce qu’ils ne peuvent
RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2