la baule+ Mars 2025 | 19 pas votre carte de crédit. Il y a quand même moyen de se retrouver sur quelques éléments essentiels. Si un artiste ne la ramène pas de temps en temps, s’il ne profite pas de son exposition pour faire ressortir des choses insupportables, alors il ne fait pas son boulot d’artiste. Ce serait simplement un amuseur. Je dis cela, quitte à en laisser quelques-uns à la maison qui ne voudraient pas venir me voir parce que je suis trop à gauche. Tant pis ! Sans doute votre ADN est-il tellement à gauche que l’on est habitué maintenant… En fait, ceux que l’on n’apprécie pas, ce sont les donneurs de leçons… Pour dire les choses clairement, il est aujourd’hui plus difficile de trouver un acteur engagé qui va la ramener, que de trouver des dreadlocks sur le crâne de Monsieur Éric Ciotti ! Il y en a qui souffrent. Je pense à Blanche Gardin. Elle a récemment dit que depuis qu’elle avait dénoncé ce qui se passe en Palestine, son téléphone sonnait beaucoup moins. Ce n’est pas anodin de porter fièrement un engagement. Cela a un coût. Après, c’est une question de dignité. J’ai été élevé ainsi et je ferais de la peine à mes parents si je taisais mes opinions. On a aussi peu l’occasion de se faire entendre parce que les médias sont occupés par des éditorialistes de cour, des gens qui sont là pour perpétuer un consensus et un système, mais on sait que ce consensus ne tient plus. Les gens de ma génération vont bien comprendre ce que je vais vous dire. On a eu la retraite à 60 ans, cela n’a pas duré longtemps, on a les congés payés, on a la Sécurité sociale, on pouvait aller prendre l’apéro à Lisbonne pour 40 € et il y avait de la neige sur les glaciers. Aujourd’hui, on laisse des années et des années d’angoisse aux jeunes générations. J’aime beaucoup la Bretagne, mais j’aime aussi beaucoup la montagne. Le permafrost, le ciment des montagnes, ce qui stabilise les massifs, est en train de fondre. Dans dix ans, on aura perdu la moitié de nos glaciers. Où va-t-on organiser les JO quand on n’aura plus de neige ? Je ne me résous pas à dire que j’en ai bien profité et que maintenant les jeunes doivent se démerder. C’est le moment de penser aux jeunes. Les jeunes se sont radicalisés Vous évoquez la jeunesse, or quand vous aviez vingt ans, elle se répartissait entre Georges Marchais, François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac… Aujourd’hui, elle vote Marine Le Pen ou JeanLuc Mélenchon. On ne voit pas beaucoup de jeunes bayroutistes… Cela me fait rire, les jeunes avec Bayrou ! Rien que de me dire qu’il est Premier ministre, cela me fait rire. Mais cela m’angoisse aussi terriblement. Les jeunes se sont radicalisés. Ceux qui votent pour La France insoumise, c’est pour des idées, même s’il y a une incarnation avec une nouvelle génération, comme Mathilde Panot ou Louis Boyard. Quant à ceux qui votent RN, c’est parce que c’est un jeune qui parle aux jeunes. Mais il y avait quand même des jeunes à la République en Marche, avec Gabriel Attal notamment. Quelqu’un comme Gabriel Attal aurait sans doute été un prototype des jeunes giscardiens de la fin des années 70… C’est exactement ça. Et que ce soit Bardella ou Attal, ce sont des jeunes qui vous expliquent la vie, mais ils n’ont jamais vu une pointeuse ! Vous pouvez ajouter Louis Boyard sur la liste… Oui. Vous voyez, on parle de théâtre, mais on parle aussi de politique. Il faut que le monde du spectacle, les comédiens comme les techniciens, continue de défendre l’art, car c’est important, surtout en France. C’est ce qui nous permet de continuer de réfléchir, d’avoir une belle langue, de lui rendre hommage, de la faire briller. C’est notre héritage. Quand j’entends des gens expliquer qu’il faut couper les budgets à la tronçonneuse, en expliquant que l’art ne sert à rien, parce que ce sont des intermittents avec leur drôle de bonnet qui jouent du tam-tam toute la nuit, mais quelle erreur ! Je pense à Madame Christelle de Morançais… J’ai toujours tendance à anoblir les gens de droite, alors qu’ils n’en ont pas besoin ! C’est Christelle Morançais… Vous voyez, j’ai toujours tendance à anoblir les gens de droite, alors qu’ils n’en ont pas besoin ! Cela ne me va pas car l’art, c’est ce qui nous cimente, donc il faut en prendre soin. Si jamais vous assistez à la pièce et que vous ne riez pas, à la fin je vous invite au Flunch à côté… Mais il n’y a pas de Flunch à La Baule ! Franchement, je vous fiche mon billet que vous allez vous taper des barres de rire ! Propos recueillis par Yannick Urrien.
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