La Baule+

la baule+ 12 | Novembre 2025 Une chose est certaine, le malheureux scénariste qui s’aventurerait à se pointer chez un producteur avec un scénario de casse comme celui qu’il nous a été donné de suivre voilà quelques jours au Louvre, pourrait aussi bien se dispenser de la démarche et courir immédiatement pointer au chômage. On lui rirait au nez. Du boulot de bas de plafond, du scénar’ de fond de tiroir. Est-ce qu’on imaginerait un Belmondo, un Brad Pitt faire main basse sur du caillou type joyau de la couronne sur une mise en scène aussi déplorable et ne déployant qu’une stratégie, une logistique de laveurs de carreaux ? Non, bien sûr. On aurait exigé du grand art, de la haute technologie, avec, pour notre Bébel, intrusion dans le musée par les toits au prix de mille cascades et fuite dans les airs accroché à un drone superpuissant piqué par des espions genre 007 dans l’arsenal d’un Frankenstein-Poutine quelconque. Là, on ne nous aura servi que du casse petit bras. Les de Funès et Bourvil de la Grande Vadrouille auraient fait l’affaire. Et, de surcroît, nous auraient fait rire de bon cœur. Car si nous avons ri, nous avons plutôt ri jaune. À tort, selon moi. Car il y a évidemment là-dedans matière à bien rigoler quand même. Shakespeare écrit quelque part : « Le volé qui sourit vole quelque chose au voleur. » Pas faux. Et puis, savoir rire de son propre ridicule ne peut être que salutaire, en même temps qu’une marque d’élégance, de délicatesse d’esprit. Ridicule, en effet. Le plus grand, le plus beau musée du monde - du moins se plaît-on chez nous à le cataloguer comme tel - quasiment en open bar à joyaux et pierreries, offerts à la portée des premiers bras cassés de la cambriole venus, oui, on patauge dans le ridicule. De même les torrents de larmes de crocodile versés sur « l’inestimable perte patrimoniale », « l’attentat à la mémoire nationale ». Disons-le, on en a fait des tonnes. Or, les reliques ne sont jamais que des reliques. Objets de superstition plus que de foi, évidemment. Encore faut-il les mériter, ces reliques. Or, la question serait bien là : que méritons-nous encore aujourd’hui de nos gloires passées ? La réponse se niche peut-être dans notre incapacité désormais avérée à en protéger les vestiges. Alors, oh que oui, on était en droit de rigoler ! Car, qui plus est, si l’audace, le culot sont au nombre des vertus bien françaises, on peut considérer qu’elles ont été quelque peu mises en exergue ce matin-là. Tout de même, quatre types en pétrolette outillés chez Casto, involontairement sponsorisés par une firme de monte-charge et nacelle se payant le Louvre en plein jour, à l’arrache en quatre ou sept minutes, ça ne manque pas de panache. Ce qui étonne, malgré tout, c’est que les responsables de ce genre de lieu n’aient pas retenu la leçon qui leur avait été administrée quelques jours plus tôt lorsqu’une bien grosse pépite d’or brut avait été dérobée, à peu près selon un scénario identique, au Muséum d’Histoire Naturelle. Cela aurait dû leur faire dresser l’oreille, et accessoirement, les inciter à revoir leurs dispositifs de sécurité. Mais non. Rien de cela. Impéritie, incurie, amateurisme, désinvolture seraient donc à engranger au nombre des joyaux de nos administrations nationales. Qui pour nous les dérober sous le nez, ceux-là ? On aimerait tant. Panache, disais-je. Dans ce registre, et pour faire joli, on aurait apprécié que quelques démissions viennent couronner la séquence. Celle de la ministre de la Culture, notamment. Voilà qui aurait eu de l’allure. Voilà qui, pour le moins, aurait été décent. Mais, pour ces gens-là, décence n’est probablement plus guère qu’un mot que, en cherchant bien, on doit dénicher quelque part dans les pages du dictionnaire. La directrice du lieu a bien présenté la sienne, de démission, aussitôt refusée, n’est-ce pas, l’incompétence à ce niveau et dans l’entre-soi du milieu n’étant sans aucun doute que péché véniel, broutille sans conséquence. Pure gesticulation, pitoyable mascarade destinée à impressionner le bas-peuple. Elle l’avait présentée, nous assène-t-elle, « en responsabilité », élément de langage tout aussi pitoyable que le faux semblant de la démission, ce mot de « responsabilité » étant vraisemblablement à reléguer au côté du mot décence dans la Novlangue de nos sommités d’État. On a dit et redit que ce casse, la facilité déconcertante avec laquelle il avait été perpétré, la qualité patrimoniale de son butin devaient nous être autant de motifs d’humiliation. Peut-être. Pas certain. Ce qui le serait bien davantage en revanche, c’est justement cette forme d’immunité, d’impunité auto-administrée chez ces gens jamais comptables de leurs manquements. Qu’ils « crament la caisse » de dizaines de milliards, qu’ils se fassent rafler des bibelots à un pognon de dingue sous le pif, rien ne se passe. L’audace, vous dis-je, encore de l’audace, toujours de l’audace… Humeur ► Le billet de Dominique Labarrière De l’audace

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