la baule+ 18 | Novembre 2025 La Baule+ : Lorsque l’on parle de vous, il s’agit toujours de textes très travaillés, avec un humour qui fait appel à une forte culture générale… Sandrine Sarroche : Nous sommes dans une société où l’on a l’impression qu’il faut marquer, et se démarquer, encore plus qu’avant. On commence comme humoriste et on devient polémiste. J’essaye de résister à cette tentation de la polémique pour continuer d’être dans le divertissement. Les frontières sont parfois floues… Bien sûr, les frontières sont floues. C’est compliqué. Il y a des moments où l’on bascule, mais il faut s’en apercevoir. C’est mon point de vue. Peutêtre que cela changera, mais jusqu’à présent j’ai toujours fait attention, même en touchant aux sujets politiques. J’ai fait des chroniques politiques pendant quelques années et, avec mes coauteurs, nous avons toujours essayé de ne pas tomber de l’autre côté de la barrière, en restant légers et amusants. D’ailleurs, il est difficile de vous identifier politiquement… Moi-même, je ne m’identifie pas, alors imaginez les autres ! C’est très bien si l’on ne m’identifie pas. Cela me regarde, c’est ma façon de faire de l’humour. Je ne veux pas apparaître comme quelqu’un de partisan. C’est toute la difficulté de l’exercice. C’est beaucoup de travail, c’est ciselé. Il y a une volonté de continuer à chercher la précision dans cette langue française qui le permet. Parfois, on peut passer une heure sur une phrase. C’est beaucoup de travail. Vous faites salle pleine dans toute la France, y compris dans des zones plus populaires, alors qu’il semblait que vous visiez une clientèle plutôt CSP+… On a souvent dit que mes textes s’adressaient plutôt à des Parisiens ou à des bourgeois, mais effectivement on a souvent envie d’apprendre des choses. On est toujours sensible à quelque chose de bien écrit. Le théâtre plaît aussi bien aux gens du peuple et aux bourgeois, parce qu’ils savent que c’est un endroit où ils pourront écouter une belle langue. Il est compliqué de trouver un sujet, un verbe et un complément... Le langage SMS le prouve chaque jour. On ne fait plus de belles phrases, mais le public sait qu’il va trouver cela au théâtre. C’est peut-être un début d’explication. D’ailleurs, ceux qui ont pris l’habitude de regarder vos chroniques vous trouvent plus corrosive sur scène lorsque vous incarnez des personnages… Être dans la peau d’un personnage, cela donne une plus grande liberté. La liberté est sur scène et c’est une chance pour un artiste. Il faut toujours conserver la scène. C’est quelque chose de très important. Je vais essayer de conserver la scène, parce que j’adore ça. J’essaie d’apporter une respiration dans cette période qui ne le permet pas toujours… Par exemple, quand vous interprétez la concierge portugaise qui en a ras le bol parce que son mari veut toujours faire l’amour, dans une époque d’incompréhension, certains auraient pu estimer que vous vous moquez des Portugais… Michel Leeb dit souvent qu’il ne pourrait plus faire son sketch sur l’Africain… Il y a toujours une tendresse. Je ne dis pas que Michel Leeb n’était pas tendre, mais il y a peut-être une manière d’incarner le rôle. Ce n’est pas une critique de la Portugaise, c’est une personnalité d’emprunt. Je peux vous dire que ma gardienne, qui est venue voir le spectacle, a rigolé du début à la fin. Quand on dit que cela ne passe pas, il y a toujours un peu d’autocensure. Après, il y aura toujours des gens qui seront choqués de tout. Tant pis pour eux. Ce qui compte, c’est que le spectacle fasse du bien au plus grand nombre. J’essaie d’apporter Humour ► La comédienne présente son nouveau spectacle à Atlantia Sandrine Sarroche : « La moquerie est quelque chose de culturel chez moi. » Sandrine Sarroche sera en représentation à La Baule le dimanche 30 novembre à 17 h. Après le succès raz-de-marée de « La Loi du Talon », Sandrine Sarroche nous revient avec de nouveaux sketchs, de nouvelles chansons, de nouveaux personnages plus hilarants que jamais. Elle connaît bien la presqu’île et elle avait présenté un autre spectacle au Croisic l’an dernier. Elle a répondu aux questions de Yannick Urrien au micro de Kernews. Sandrine Sarroche, nouveau spectacle, dimanche 30 novembre 2025 à 17h au Palais des congrès Atlantia de La Baule. une respiration dans cette période qui ne le permet pas toujours… Dans quel sens ? C’est quand même une période difficile. Il y a des alertes d’actualité en permanence sur les téléphones et il n’y a pas beaucoup de bonnes nouvelles. D’ailleurs, les bonnes nouvelles ne font pas vendre les journaux. Il y a beaucoup de choses anxiogènes et une forte inquiétude sur l’avenir. On sait bien que seul le passé est connu. C’est pour cela que cela nous rassure de parler de notre enfance, de notre jeunesse, en écoutant des chansons anciennes. Je vois bien l’écho que mon spectacle peut avoir dans la vie de tous les jours. C’est un spectacle où l’on emporte quelque chose. La moquerie, c’est aussi beaucoup de tendresse En fait, l’humour est basé sur la moquerie, c’est un passage obligé… J’adore ça, je suis très moqueuse. Je viens d’une région où l’on est très moqueur. J’ai vu tous les films de Pagnol, dans le Sud, il y a vraiment un goût pour la moquerie. La moquerie, c’est aussi beaucoup de tendresse. Qui aime bien châtie bien. La moquerie est quelque chose de culturel chez moi. D’ailleurs, même si je suis derrière des personnages, il y a quand même beaucoup de moi sur scène. Maisaussi vosproches… J’ai toujours le souci de partir du vrai. Même si, après, on extrapole et on exagère, il y a toujours quelque chose de vrai au départ. Il y a une vérité qui m’intéresse. Il m’arrive de faire des spectacles privés. Une fois, j’avais fait un spectacle sur un sujet qui n’est pas drôle: l’endométriose. Il y avait beaucoup d’infirmières dans la salle. À la fin, elles sont venues me voir en me disant : « Comment avez-vous com-
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