La Baule+

la baule+ 8 | Novembre 2025 La Baule+ : Vous êtes sans doute le seul Baulois qui habite à Moscou dix mois sur douze. Vous êtes à nouveau à La Baule en cette fin d’année et nous nous retrouvons Chez Brigitte. Pourquoi êtes-vous parti en Russie ? Alexis Tarrade : Je suis parti il y a une quinzaine d’années pour des raisons professionnelles. Je me suis rendu compte que nous étions déjà dans une bascule importante pour notre pays. Je percevais le début d’une grande période d’instabilité, notamment en termes de valeurs. Et j’ai découvert en Russie tout le contraire de ce que l’on nous explique dans les médias de grand chemin en France. Il y a beaucoup d’apaisement, une grande quiétude. C’est un peuple qui sait d’où il vient et qui sait là où il va. Il y a véritablement un projet national. C’est ce que j’attendais de la France... Comment s’est déroulée votre intégration ? Très bien. Les Russes sont très accueillants. Ils ont beaucoup d’affection pour la France, même dans les moments difficiles comme en ce moment. Nous avons toujours eu des périodes compliquées. Cependant, les Russes font toujours la différence entre la partie politique et les gens normaux, c’est-à-dire les gens comme vous et moi. Ils savent faire la différence entre les Français du quotidien et les élites. Beaucoup de Français pensent encore que la Russie vit dans la misère et que l’on y est suivi par le KGB à chaque coin de rue… Les Français voient le reste du monde comme une sorte de tiers-monde. L’Asie reste pour eux un continent sous-développé. Et ne parlons même pas des clichés à l’égard de la Russie. Nous ne sommes plus dans la Russie soviétique. C’est un pays très en avance sur le plan technologique. On reste des donneurs de leçons. Malheureusement, le monde a changé. J’ai vu cette évolution depuis une quinzaine d’années. Quand je suis revenu en France les premières années, des amis m’ont expliqué que l’on pouvait payer le parking Insolite ► Rencontre avec le plus baulois des Moscovites ! Alexis Tarrade : « Nous sommes aux États-Unis pour nous protéger. » Alexis Tarrade a longtemps vécu à Nantes et à La Baule, où il revient régulièrement voir sa famille. Il y a quinze ans que cet entrepreneur de 48 ans habite à Moscou. Il est le fondateur de Divergence Politique, une chaîne YouTube et également une société de services qui accompagne les Français souhaitant placer de l’argent en Russie. Est-ce légal ? Oui, à condition que le compte soit déclaré aux autorités françaises. Alexis a décidé de passer les mois d’octobre et de novembre à La Baule. Nous l’avons rencontré dans son endroit fétiche : « Je vous accorde une interview, mais à La Croisette. C’est le lieu de tous mes souvenirs baulois… » Certes, Alexis sait que La Croisette n’existe plus et que c’est maintenant Chez Brigitte, mais dans son esprit cela reste « sa Croisette». Il nous raconte son parcours atypique. Sa société est basée dans le Wyoming, aux États-Unis, et il passe généralement 80% de son temps à Moscou, 15% dans le Wyoming et 5% à La Baule. Voici un entretien avec un Baulois hors normes pour comprendre l’évolution du monde. Nous tenons à préciser que si La Baule+ ouvre ainsi ses colonnes à Alexis Tarrade, c’est qu’il s’agit de l’itinéraire peu commun d’un Baulois et donc d’un sujet local, également passionnant sur le plan journalistique. Cela sans pour autant induire la moindre forme de caution ou de promotion qui viserait à encourager toute sorte d’investissement financier hors de nos frontières. avec son téléphone et je leur ai répondu que cela existait depuis déjà plusieurs années à Moscou. Il y a du wifi dans le métro et dans les rues. Il y a des robots de sites de commerce en ligne qui font des livraisons 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. J’ai accompagné des familles de la presqu’île ! Une dizaine de Français vont chaque semaine ouvrir un compte bancaire en Russie, ce qui représente à peu près 500 personnes chaque année. Quelle est leur motivation ? C’est un sujet passionnant. Je peux même vous dire que j’ai accompagné des familles de la presqu’île ! D’abord, ils bénéficient de taux d’intérêt qui sont très positifs par rapport à ceux que l’on peut connaître en France, puisque les taux varient entre 12 et 23%. Actuellement, nous sommes à 16,5 %. Il y a aussi une inquiétude des Français sur leur épargne : or, placer son argent en Russie, c’est mettre son argent dans une zone économiquement stable, quoi que l’on puisse penser. En plus, il n’y a aucune communication fiscale entre les services russes et Bercy. Bien évidemment, chacun doit faire sa déclaration annuelle. Pour moi, c’est une tristesse absolue en tant que Français, car cela montre que les gens n’ont plus confiance en leur pays. La Russie peut-elle devenir la Suisse de demain ? C’est déjà la Suisse, puisque la Suisse a perdu son statut de neutralité fiscale il y a une dizaine d’années. Les taux que vous évoquez sont ceux couramment pratiqués en Russie et les taux d’emprunt sont aussi très élevés… Pour les placements, il y a deux typologies de comptes. Il y a les comptes d’épargne avec de l’argent placé, mais pas bloqué, donc vous pouvez le ressortir comme vous l’entendez. Actuellement, la rémunération est de l’ordre de 12%. Concernant les comptes à terme, c’està-dire les placements avec une durée définie, l’argent est bloqué pendant toute la durée et les taux sont plus attractifs, jusqu’à 17 % sur certaines banques. Les taux d’intérêt sont élevés parce que les taux de crédit sont toujours élevés en Russie. Il y a un effet de balance entre ce que vous dépensez en taux de crédit et ce que vous gagnez en taux d’intérêt. Justement, est-ce légal, notamment en raison des sanctions à l’encontre de la Russie ? La loi française n’interdit absolument pas d’ouvrir un compte bancaire à l’étranger. C’est tout à fait légal, peu importe l’endroit de la planète. La loi impose aux ressortissants français de déclarer leurs comptes bancaires à l’étranger, quel que soit le pays. Donc si vous ouvrez un compte au Zimbabwe, aux États-Unis ou en Australie, vous devez le déclarer à la fin de l’année et surtout ne pas oublier la case de report des bénéfices gagnés potentiellement. Malheureusement, concernant la Russie, si vous oubliez de le faire, il n’y a aucune possibilité de contrôle de la part de Bercy. Il ne faut pas dire que tout cela est lié à la guerre car, même avant les sanctions, il n’y avait déjà pas de communication entre Bercy et les services fiscaux russes. Vous pensez bien que maintenant les canaux sont complètement clos. Pour les dix prochaines années, cela m’étonnerait qu’il y ait une amélioration. Les gens qui viennent vers nous ont beaucoup plus peur de l’État français que de l’État russe ! Beaucoup de gens sont déçus par l’État français, mais n’est-ce pas un peu délicat de les inciter à reporter leur confiance vers la Russie ? Très sincèrement, les gens qui viennent vers nous ont beaucoup plus peur de l’État français que de l’État russe! Ils sont beaucoup plus inquiets de la tournure que prend l’Europe, notamment sur les libertés, mais aussi sur les questions économiques, surtout de la situation en France, que de la situation économique en Russie. Concrètement, vous avez aussi une agence de voyages et vous organisez tout le circuit… Nous avons Divergence Services, qui est une filiale de la chaîne Divergence Politique. C’est une branche qui propose différents services, notamment de conseil. Pour ceux qui ne souhaitent pas ouvrir un compte bancaire, nous faisons aussi du tourisme en facilitant les déplacements. Par exemple, comment obtenir un visa ? Comment obtenir un avion pour Moscou ? Comment réserver son hôtel ? Comment payer sa soirée au Bolchoï ? Comment vos clients peuvent-ils ensuite sortir leur argent ? Tout ce qui marche dans un sens fonctionne dans l’autre. Il faut distinguer la problématique du transfert. Il y a dix mille méthodes, même en période de sanctions, et puis il y a la questionde la taxationdes opérations, avec notamment les justifications. Concrètement, en France, c’est très problématique et il faut toujours justifier l’argent qui arrive sur votre compte. Mais cela ne concerne pas simplement la Russie puisque dès qu’il y a de l’argent qui arrive sur votre compte, la banque française vous pose des questions. C’est une répression qui fait peur aux gens. C’est aussi pour cela que beaucoup de gens vont sur d’autres marchés. Vous évoquez les 500 personnes par an qui vont en Russie, mais il y a des milliers de personnes qui vont dans l’univers des BRICS au sens large, comme au Brésil, en Asie ou en Chine. En Russie, aucun plafond n’existe. Vous pouvez faire ce que vous voulez avec votre argent et aucun banquier ne va vous dire : « Pourquoi me demandez-vous des espèces? » Vous pouvez utiliser votre argent comme vous l’entendez jusqu’au dernier rouble. Aujourd’hui, on est à l’heure du bitcoin et il y a de nombreuses technologies qui permettent de fracturer tous ces murs. Votre société est basée dans le Wyoming aux États-Unis : pour quelles raisons ? Nous sommes intégralement basés dans le Wyoming, aux États-Unis, pour plusieurs raisons. D’abord, pour que les personnes qui font appel à nous puissent nous payer, Moskva City, la place financière deMoscou : «Nous ne sommes plus dans laRussie soviétique. C’est un pays très en avance sur le plan technologique.»

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