Mai 2026

la baule+ 10 | Mai 2026 On a toujours une forme très occidentale de mépris à l’égard de ces pays : ils ont le pétrole, beaucoup d’argent, mais nous, nous avons la connaissance et la culture… Vous avez raison. Ce sont des pays qui ont une jeunesse extrêmement nombreuse. En Arabie Saoudite, 60 % des 28 millions de Saoudiens ont moins de trente ans. Il faut leur offrir du travail et des divertissements. Le problème, c’est que ce sont des pays immensément riches où l’on travaille assez peu. Les jeunes étaient gavés par la manne pétrolière. Tout le monde était fonctionnaire. Fonctionnaire en Arabie Saoudite, c’est travailler de 9h à 11h. Les choses changent très vite, mais ce n’est pas facile. C’est une révolution culturelle qui demandera une génération. Peut-on comparer Mohammed ben Salman à Hassan II ? Pas de démocratie, un pays tenu d’une main de fer, la volonté de favoriser l’épanouissement de la jeunesse, une exigence dans l’éducation, un certain libéralisme économique… Oui, c’est quelqu’un qui veut développer son pays en lui donnant un sens nationaliste. Foncièrement, ce sont des pays tribaux. Il y a un siècle, il n’y avait pas de frontières et le sens de la nation n’existait pas. MBS souhaite que son peuple soit fier du nationalisme saoudien, c’est-à-dire du drapeau. C’est intéressant, car cela change l’ADN de la population. Il faut aussi rappeler qu’il a donné aux femmes le droit de conduire. Elles peuvent ne pas porter l’abaya, mais 90 % la portent encore, parce que c’est un pays conservateur. Cela évoluera assez lentement. Mohammed ben Salman est en train de faire évoluer tout cela pour s’éloigner du wahhabisme Évoquons maintenant l’islam. Comment l’Arabie Saoudite peut-elle évoluer tout en étant le pays des lieux saints de l’islam, avec par exemple l’interdiction pour un non musulman de l’accès à La Mecque ou Médine ? Vous pouvez aller à Médine, sauf dans le carré de la mosquée, mais effectivement vous ne pouvez pas aller à La Mecque. Mohammed ben Salman est en train de faire évoluer tout cela pour s’éloigner du wahhabisme, qui est encore plus rigoriste. Il y avait une police religieuse qui embêtait les femmes qui portaient mal le voile et les commerçants qui ne fermaient pas leurs échoppes au moment des prières… En 2018, MBS a déclaré que l’on allait continuer de payer les policiers, mais qu’ils allaient rester chez eux : « On ne va pas se poser la question au cours des 25 prochaines années si la musique est autorisée ou honteuse ! » Avant, c’était haram, donc illicite. Il a mis un grand coup de pied dans la fourmilière en faisant sortir ce pays du Moyen Âge. Ne risque-t-il pas de favoriser l’émergence d’extrémistes wahhabites au fur et à mesure de la modernisation ? C’est un risque. Il ne peut pas changer du jour au lendemain une société traditionnelle avec un poids de l’establishment religieux aussi fort. Il a mis des barbus en prison, il a montré qu’il était le chef. Mais il ne veut pas non plus faire de l’Arabie Saoudite un pays comme Monaco ou la Suède. En plus, c’est le seul fils du roi Salman à n’avoir jamais étudié à l’étranger. Quand il avait quinze ans, c’était un bon bédouin. Son modèle, c’est son grand-père, le roi Abdelaziz, qui a dit que pour gouverner ce pays très spécial, il ne faut pas avoir étudié dans les meilleures universités des États-Unis, mais être bédouin... MBS est un bédouin qui a su se moderniser. Il parle très bien l’anglais et il est entouré des meilleurs experts et consultants américains. Donc, c’est un mélange de tradition et de modernité. Son nom revient dans différentes affaires, notamment Kashoggi… Un patron du CAC 40 qui a connu MBS en 2018 m’a dit : « Il était effrayant ». Il était très jeune, mais il s’est bonifié avec l’âge. Mais c’est vrai, c’est une tache dans son règne. Propos recueillis par Yannick Urrien. Georges Malbrunot : « Fonctionnaire en Arabie Saoudite, c’est travailler de 9h à 11h. »

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