Mai 2026

la baule+ 18 | Mai 2026 Au nombre des espèces menacées en France, nous avons bien sûr - nul d’entre vous ne saurait l’ignorer, j’en suis bien certain - le psammodrome d’Edwards ou encore le Chabot du Lez. Probablement ces animaux vous sont-ils davantage familiers sous leur appellation scientifique et latine, c’est-à-dire psammodromus edwarsianus pour le premier, et cottus petiti pour le second. Est-il besoin de rappeler ce dont il est question. L’un est un reptile des garrigues méditerranéennes, l’autre un poisson de l’Hérault, ce riant fleuve qui se jette dans la Méditerranée après un parcours irréprochable de 147,6 km. À ces espèces menacées dont le sort nous préoccupe tous, il convient d’en ajouter une nouvelle, plus particulièrement parvenue à notre connaissance ces tout derniers temps. Je veux parler ici de l’être vivant qui n’a point encore de nom latin mais que les organes de presse, les médias de référence nous ont présenté à profusion et avec tapage voilà seulement quelques jours. Il s’agit en fait de ce qu’ils rangent dans une catégorie extrêmement hostile, en quoi ils voient une sorte de péril suprême, le « milliardaire de droite ». Voire d’ultra droite, selon ceux qui font profession de pousser très avant les clasHUMEUR > Le billet de Dominique Labarrière Espèce menacée sifications à la Buffon dans ce domaine. Ultra droite et, pendant qu’on y est, fascisante. L’horreur ! Le retour des heures les plus sombres de notre histoire ! Le spectre à croix gammée en filigrane dans les brumes matinales et crépusculaires des jours à venir. Autant dire que si le cottus petiti est à sauver, le milliardaire évoqué, quant à lui, est à abattre. Qu’on ne se trompe pas dans les intentions sous-jacentes. On ne parle pas ouvertement de bûcher, mais pas loin… Cette nouvelle espèce, le milliardaire de droite donc - dont le cas se trouve aggravé d’un engagement catho prononcé, revendiqué, assumé - est, parmi les espèces précédemment citées ici, et plus largement encore parmi toutes les autres recensées par la science, la plus dangereuse, la plus venimeuse. Et cela de très loin. Sa proie de prédilection, là où elle plante le plus volontiers ses crochets au venin mortifère, serait la Liberté d’expression. Rien que cela. La liberté de publier, d’écrire, de penser, de pondre des œuvres. Là où ce catalogué réactionnaire de première catégorie passe, la liberté de plume trépasserait. Voilà la terrifiante menace brandie haut et fort en ces derniers jours. Aussi, saura-t-on infiniment gré à cette intelligentsia qui prospère dans le marais fertile des officines germanopratines de l’édition d’avoir porté à la connaissance des masses cet effarant danger. Ces gens l’ont fait à grand bruit, reléguant pour un temps Ormuz, le Liban, Israël, l’Iran, l’Ukraine au même niveau que le décès et les obsèques de la star sacrificielle de la télé-réalité, Loana. Peut-être même un peu en-dessous. C’est-à-dire au rang de péripéties anodines, à peine digne d’intérêt, ou d’inquiétude. Il faut dire que les Jean Moulin autogalonnés, les généraux en chef de cette Résistance contre le fléau aux milliards mal engagés puisque engagés à droite, ont pu compter pour les seconder dans leur louable mission, dans leur salutaire croisade, sur les habituels bataillons médiatiques acquis à leurs gesticulations offusquées depuis longtemps. Au premier rang de ces maîtres inquisiteurs, les habitués du festin, les indéracinables bien en cour, les nantis du système. Ceux qui ont beau jeu de claquer la porte de la présente écurie éditoriale, puisque la soupe leur sera aussitôt servie - en mieux éventuellement et avec du rab - à la mangeoire voisine. En résumé, il y a donc en fait telle espèce vivante à sauver, le psammodrome d’Edwards par exemple, et telle autre à abattre, le milliardaire de droite compromis en religion. Comme quoi, la diversité, ce noble culte de la diversité qui honore nos civilisations aurait ses limites. Cette diversité qui serait de rigueur dans la nature - et les garrigues méditerranéennes - mais apparemment inacceptable dans le petit monde parisien de l’édition, des idées et des belles lettres.

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