Mai 2026 | 27 la baule+ Un décret discret, publié au Journal officiel du 16 avril 2026, vient d’achever le corpus réglementaire issu de la loi Climat et Résilience de 2021. Cinq ans après le texte fondateur, le dernier verrou administratif a sauté. Et il va faire mal aux portemonnaies. Le principe ? Tout projet de construction situé dans la bande dite des « 30-100 ans» - c’est-à-dire la zone que l’État juge exposée au recul du trait de côte à l’horizon du siècle - devra désormais faire l’objet d’une consignation préalable à la Caisse des dépôts. Montant: le coût prévisionnel de démolition et de remise en état du futur bâtiment. À régler avant l’ouverture du chantier. Ce n’est pas une interdiction de construire. C’est un péage supplémentaire pour le droit de construire dans des zones que l’État considère comme éphémères. Sur la Presqu’île Guérandaise, la question n’est pas abstraite. Le Plan de Prévention des Risques Littoraux de 2016 concerne huit communes : La Turballe, Guérande, Le Croisic, Batz-sur-Mer, Le Pouliguen, La Baule-Escoublac, Pornichet et Saint-Nazaire. La Baule avait même délibéré dès janvier 2022 pour figurer sur la liste nationale des communes devant adapter leur urbanisme à l’érosion. Le terrain est mûr, la mécanique est prête. Le dispositif ne s’enclenche toutefois qu’une fois les PLU révisés pour y intégrer ces zones. Mais la pression réglementaire sur les communes est réelle. Et le mécanisme comporte une inversion juridique notable: en l’absence de réponse de l’administration dans les délais - majorés d’un mois supplémentaire pour ces dossiers - le silence vaut désormais rejet, et non acceptation. Du jamais-vu. Les zones d’ombre sont nombreuses. Les sommes consignées ne sont pas indexées sur l’inflation : dans vingt ou trente ans, l’écart entre le montant immobilisé et le coût réel des démolitions pourrait être abyssal. Qui paiera la différence ? Le maire, potentiellement. L’AMF et l’Association des élus du littoral avaient alerté sur ce point. Personne ne les a vraiment entendus. Pour le marché immobilier local, la traduction est brutale. Tout acquéreur ou promoteur devra intégrer dans son plan de financement une somme dormante, potentiellement immobilisée des décennies. Ce n’est pas un impôt officiellement. Mais c’est un coût réel, qui renchérira les prix de sortie, pénalisera les petites opérations et orientera mécaniquement la valeur vers les biens situés hors zones exposées. Sur une presqu’île où le foncier littoral est le cœur de l’attractivité, cette nouvelle hiérarchie du risque commence discrètement à s’inscrire dans les prix. Y.Urrien Construire sur la Presqu’île va coûter plus cher, et c’est voulu
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