Mai 2026

la baule+ 8 | Mai 2026 Géopolitique > Le journaliste spécialiste du Moyen-Orient enquête sur le prince héritier et Premier ministre d’Arabie Saoudite Georges Malbrunot : « MBS a mis un grand coup de pied dans la fourmilière en faisant sortir ce pays du Moyen Âge. » Georges Malbrunot est journaliste, grand reporter au Figaro et spécialiste du Moyen-Orient et du conflit israélo-palestinien. Il avait été pris en otage en 2004 et retenu pendant plusieurs mois par l’Armée islamique en Irak avec son confrère Christian Chesnot. Georges Malbrunot et Christian Chesnot publient une enquête sur l’homme le plus puissant du Moyen-Orient : MBS, c’est-à-dire Mohammed ben Salmane. Les auteurs expliquent que le dirigeant saoudien est d’une obsession sécuritaire maladive et capable d’une extrême violence contre ses adversaires. Pourtant, il est aussi un réformateur qui a modernisé son pays comme personne auparavant. On ne sait plus aujourd’hui s’il encourage Donald Trump à aller jusqu’au bout dans sa guerre contre l’Iran, ou s’il tente d’en limiter les dégâts. Ce n’est pas la moindre des ambiguïtés du maître de l’Arabie saoudite. Mohammed ben Salmane - MBS - n’avait pas caché que son obsession était d’empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire. Les tensions entre les deux puissances régionales remontent à quatorze siècles. C’est dans ce contexte que prend tout son relief l’enquête que Georges Malbrunot et Christian Chesnot ont consacrée à cet homme hors norme. « MBS confidentiel - Enquête sur le nouveau maître du Moyen-Orient» de Christian Chesnot et Georges Malbrunot est publié aux Éditions Michel Lafon. La Baule+ : Vous connaissez si bien le monde arabe que vous pourriez être journaliste de politique intérieure dans un pays du monde arabe. Longtemps, les journalistes qui comprenaient le monde arabe ont été des pieds-noirs ou des descendants de piedsnoirs, ce qui n’est pas votre cas. Comment avez-vous été amené à vous spécialiser dans ce domaine ? Georges Malbrunot : Je suis auvergnat et c’est le hasard. J’ai commencé ma carrière au journal La Croix en 1986. Je m’occupais de politique intérieure française au moment de la première cohabitation. Je venais parfois à La Baule lorsqu’il y avait des congrès politiques. La politique intérieure, c’est intéressant, mais j’avais envie d’élargir mon horizon. En février 1988, je suis parti en Israël, au moment de la première révolte palestinienne contre l’occupation israélienne, et j’ai découvert Jérusalem. À partir de là, je suis allé en Jordanie. J’ai mis le doigt dans l’engrenage et j’ai eu envie de me spécialiser dans ce domaine. En 1988, il y avait encore la guerre au Liban. Donc, je suis allé au Liban, puis en Irak, et j’ai compris que c’était comme un puzzle avec différents morceaux qu’il fallait comprendre. Pour comprendre une situation, il faut vivre sur place Un jour, André Janier, qui a été ambassadeur de France, notamment en Irak, m’a dit que pour comprendre les Arabes, il fallait avoir vécu avec eux. Il faisait partie de cette génération de diplomates issusde lacommunauté pied-noir… J’ai connu André Janier. Effectivement, il était originaire de Tlemcen et il voulait dire que pour comprendre une situation, comme le conflit israélo-palestinien, il faut vivre sur place. C’est comme pour les journalistes, il faut être sur le terrain. Avec la paupérisation de la presse, j’ai beaucoup de confrères qui font ce que j’appelle du «desk idéologique » : ils vont peu sur le terrain, mais ils adoptent une posture pro ou anti. Sur le terrain, il n’y a pas les bons et les méchants, il y a peu de bons, beaucoup de méchants et, ce qui m’intéresse, c’est de faire remonter l’information que je vois. Aujourd’hui, les journaux se portent mal et les journalistes vont peu sur le terrain. Déjà, il est très difficile d’évoquer globalement le Moyen-Orient, car chaque pays est très différent. La perception du monde arabe est tota-

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