La Baule+

la baule + Août 2021 // 15 cette période : dans les entreprises stratégiques, même dans lesmédias ou les télécommunications, on portait une attention particulière à l’arbre généalogique pour dé- celer les personnes qui avaient des contacts avec les pays de l’Est et il fallait s’en méfier… De notre côté, c’était lamême chose et l’on faisait attention à toutes les personnes qui avaient des contacts ou des parents à l’Ouest. On était séparé par le rideau de fer et le Mur de Berlin, et tout le monde faisait attention à ne pas être infiltré par la partie d’en face... Votre livre permet de briser quelques mythes. Ce n’est pas une vie à la James Bond, mais on apprend certaines choses. Par exemple, lorsque l’on vous de- mande de vous marier avec une Française, cela ne vous plaît pas, parce que vous n’avez pas en- vie de briser la vie d’une jeune femme… Le service d’espionnage n’a pas d’éthique et, si vous vou- lez être fidèle à une éthique, il ne faut pas entrer dans l’espionnage. C’est quelque chose de dégueulasse. On pousse les gens à commettre des crimes abominables, comme voler des secrets ou trahir. Parfois même tuer. Nos agents risquent leur vie parce que, dans beaucoup de pays, ils sont condamnés à vie ou à la peine capitale s’ils sont découverts. J’avais effectivement des remords. Pour moi, c’était quelque chose qui n’était pas naturel. Je n’étais pas comme Pou- tine, qui a frappé à la porte du KGB à 16 ans. Quand je me suis retrouvé sur le terrain, j’avais souvent des remords. Effectivement, ils m’ont demandé de me marier avec une Française pour obtenir la nationalité française, parce que l’on sait qu’un citoyen d’un pays de l’OTAN n’est pas suivi par le contre-espionnage aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne ou au Canada. Pour mon service, c’était in- téressant, mais je ne voulais pas emmener une pauvre fille vers quelque chose d’abominable. D’ailleurs, au Canada, il y a eu un couple de clandestins russes qui a passé 25 ans dans le pays. Ils ont eu des enfants qui sont nés sur le sol canadien. Ils ne parlaient pas russe, parce que leurs parents se faisaient passer pour des Canadiens, et ces enfants pensaient vivre dans leur propre pays. Mais quand les parents ont été dé- busqués comme des agents du KGB et ont été expulsés du Canada, les enfants ont été expulsés avec… Imaginez la vie de ces enfants qui se retrouvent en Russie, dans un pays qu’ils ne connaissent pas, dont ils ne parlent pas la langue et qui apprennent que leurs parents étaient des es- pions ! D’ailleurs, ces enfants ont obtenu gain de cause et ils ont eu le droit de retour- ner dans leur vrai pays, qui est le Canada. (Suite page 16) Sergueï Jirnov : « On pousse les gens à commettre des crimes abominables, comme voler des secrets ou trahir. Parfois même tuer. »

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