La Baule+

Avril 2021 // 5 En avez-vous entendu parler ? Oui, bien sûr. Cela signifie que le pape Jean-Paul II aurait offi- ciellement contredit George Bush qui parlait de croisade en mettant en place ce grand men- songe de l’histoire et en faisant croire aux mu- sulmans que les chré- tiens allaient entrer en guerre contre eux… Ré- sultat : on a eu la créa- tion de Daech ! C’était un message mortifère. Ce qui compte aujourd’hui en Irak, c’est l’appartenance tribale Aujourd’hui, la citoyen- neté des chrétiens ira- kiens est-elle pleine et entière ? C’est un sujet qui a été mar- telé par le pape François. Les chrétiens ont droit à une ci- toyenneté réelle. Aujourd’hui, ils ont une citoyenneté sur le papier mais, de manière concrète, le Saint-Père a dit qu’il ne pouvait pas y avoir des citoyens de seconde zone. Le vendredi, le Saint-Père a dit cela à la cathédrale où 48 chrétiens ont été tués en 2010 et, le lendemain, le grand ayatollah Al-Sistani a dit en écho que les chrétiens doi- vent avoir les mêmes droits que les autres. Ce message en faveur d’une citoyenneté réelle a été dit à plusieurs re- prises par le pape François et il a été repris ensuite. C’est une demande importante parce que, ce qui compte au- jourd’hui en Irak, c’est l’ap- partenance tribale et l’appar- tenance politique. On peut avoir accès à des métiers dans la fonction publique ou non et, devant un juge, les choses ne vont pas se passer de la même manière selon que l’on soit chrétien ou musulman. C’est un système que les Américains ont installé, il faut le dire, en copiant sur le système communautaire liba- nais… Ce système n’existait pas sous Saddam Hussein... C’est exact, ce système n’exis- tait pas auparavant. Mainte- nant, tous les citoyens ira- kiens doivent avoir le même accès à l’université, à la fonc- tion publique et les droits de propriété des chrétiens doi- vent être reconnus de la même manière que ceux des autres. Peu avant la venue du pape, le fils d’un grand digni- taire chiite, Moqtada al-Sadr, qui s’est engagé dans l’arène politique, a dit qu’il voulait mettre au service des chré- tiens ses ressources pour que les biens des chrétiens qui ont été spoliés depuis la guerre - c’est un problème particulier à Bagdad - leur soient rendus. C’est un sujet important et cela montre bien que la visite du pape François a déjà porté ses fruits. Est-ce aussi un message à tous les peuples voi- sins ? Pour tous les chrétiens du Moyen-Orient, il y a plusieurs messages très forts. D’abord, pour la première fois, le pape a célébré lamesse en rite chal- déen, qui est un rite très an- cien. C’est un signe fort pour tous les chrétiens du Moyen- Orient. De manière plus large, c’est unmessage pour tous les peuples qui souffrent de la guerre. On pense aux Syriens et aux Yéménites, car il a dit que la mort n’a jamais le der- nier mot. Le dernier mot ap- partient à Dieu et à son fils. Daech a voulu fracturer et dé- truire ce pays et les commu- nautés chrétiennes. La venue du pape a démontré que la mort n’avait pas le dernier mot. C’est un message d’es- poir très fort pour les peuples qui subissent encore la guerre. Ma question portait sur les musulmans puisque, dans ces pays, les peuples ont encore en souvenir le terme de croisade de George Bush. Il ne s'agit pas des propos victimaires que l’on entend dans les mé- dias français : je parle vraiment des musul- mans qui vivent dans les pays arabes et qui ont reçu sur la tête des bombes de la part de George Bush avec un discours sur les croi- sades ! Tout à fait. La visite du pape François montre qu’il faut faire la différence. Il a dit cela et cela peut être compris dans les deux sens. Il a dit que l’utilisation de la religion par la violence et par le ter- rorisme était un blasphème. En venant en Irak, le pape parle à la rue arabe et à l’âme du peuple arabe de manière très forte Donc, Daech et Al-Qaïda ont blasphémé, mais aussi George Bush… Voilà, cela a été dit de ma- nière très claire : l’utilisation de la religion au service de la violence, son instrumentali- sation, est un blasphème. Cela doit appeler tous les di- rigeants qui veulent instru- mentaliser la religion à plus de prudence et à plus de re- tenue. Il faut se rendre compte que l’Irak parle au reste du Moyen-Orient. C’est l’une des sources de la civili- sation, c’est le Code de Ham- murabi, mais aussi le grand calife Haroun al-Rachid... C’est énormément de choses. En venant en Irak, le pape parle à la rue arabe et à l’âme du peuple arabe de manière très forte. Aujourd’hui, l’Irak est un pays où se font face, de manière interposée, l’Iran et les États-Unis. Cette visite du pape ne va probablement pas résoudre les problèmes entre l’Iran et les États-Unis, mais c’est le premier pas qui va permettre à la diplomatie vaticane de faire un travail de long terme au service de la paix pour qu’il y ait une désescalade dans les tensions qui existent entre l’Iran et les États-Unis. Enfin, comment peut-on vous aider et comment peut-on contribuer à la réinstallation des chré- tiens d’Irak ? Le territoire irakien est-il maintenant propre, c’est-à-dire dé- gagé de la présence de Daech ? Quand Daech a pris Mossoul, puis la plaine de Ninive en 2014, c’était un foyer de peuplement chrétien impor- tant. Il y avait 120 000 chré- tiens qui vivaient là depuis les premiers siècles de la chré- tienté et c’était une catas- trophe terrible. L’enjeu est de permettre à ce foyer de peuplement chrétien de re- vivre. On pourrait se dire maintenant que le pape est allé en Irak et que tout va bien, or la réalité est diffé- rente. Des chrétiens revien- nent dans le pays et d’autres continuent de partir. Nous devons prolonger ce souffle par notre soutien. Nous avons un programme très important qui consiste à racheter leur outil de travail aux artisans, aux boulangers, aux éleveurs, aux menuisiers ou aux méca- niciens, qui reviennent chez eux, en leur donnant la pos- sibilité de faire vivre leur fa- mille. Nous avons déjà pu re- créer 350 emplois en deux ans avec un système assez unique. Quand on relance un laveur de voitures, par exem- ple, 20 % des dépenses que représente son équipement vont être un don, mais 80 % vont être un prêt à taux zéro, avec l’engagement que nous lui donnons que son rem- boursement servira à aider d’autres personnes de la plaine de Ninive. Donc, par son travail, il va vraiment ai- der sa communauté. Il ne s’agit pas de faire entrer les gens dans un cycle d’assista- nat, mais de les aider à se re- lever. Il est tout à fait possible de flécher le don en aidant des familles à revenir en Irak. Nous allons aussi aider à la reconstitution du clocher de l’église Saint-Jean-Baptiste de Karakoch que Daech a dé- truit. Nous voulons continuer à marquer notre soutien pour nos frères. Nous aidons aussi l’évêque de Bassorah, qui a choisi d’aider les personnes isolées et en grande précarité en créant une maison de la miséricorde. Propos recueillis par Yannick Urrien. Rencontre entre le pape et l’ayatollah Al-Sistani : « C’était le moment le plus important de ce voyage, puisque c’est un pont construit entre l’Église et le monde chiite » Faraj-Benoît Camurat : « C’est depuis quasiment 1979, avec la guerre contre l’Iran, que l’Irak connaît des guerres, des embargos ou des guerres civiles. »

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