La Baule+

Février 2021 // 7 clients. Ce sont surtout des personnes âgées qui auront très envie de retourner au restaurant. Mais on vous dit qu’il y a une rupture d’égalité et qu’il n’est pas question d’avoir un certificat prouvant que vous êtes vacciné. L’éga- litarisme français est un bou- let supplémentaire à nos pieds pour retrouver nos li- bertés. Le principal risque de l’après-épidémie sera une archi- domination de l’économie chinoise Vous n’évoquez pas dans votre ouvrage le livre de Klaus Schwab sur la grande réinitialisation. On ne peut pas qualifier de complotiste un lec- teur qui s’interroge sur le recul de nos libertés et qui dit que nous ne nous les recouvrerons pas in- tégralement car, tant que nous ne les aurons pas retrouvées, per- sonne ne saura s’il a rai- son ou tort. Beaucoup de gens estiment qu’il va quand même falloir se battre pour les récupé- rer. Qu’en pensez-vous ? De toute façon, dès que l’on est installé dans un système où il y a moins de libertés, on n’est pas content pendant les premiers temps et puis, après, la population trouve qu’il y a un certain confort. Comme le dit La Boétie dans le discours de la servitude volontaire, la principale cause de la servi- tude volontaire, c’est l’habi- tude. C’est vrai que l’on s’ha- bitue… On s’habitue à rentrer tous les soirs à 18 heures, on s’habitue à télécharger une at- testation, on s’habitue à porter un masque... C’est une forme de confort, parce que cela ré- gule nos vies, on n’a plus de questions à se poser. C’est contre cela qu’il faudra se bat- tre. Il ne s’agit pas de se battre contre des soldats ou des mi- nistres, mais contre la nature humaine, contre notre pro- pension à nous installer dans le confort d’une certaine ser- vitude. Après, il y aura d’autres combats à mener, parce que lemonde de l’après- épidémie sera différent. J’ai tendance à penser que le prin- cipal risque de l’après-épidé- mie sera une archi-domina- tion de l’économie chinoise. Ils vont venir vers nous en nous disant que nous sommes en ruine, qu’ils ont de l’argent, que notre modèle démocra- tique a amené la pagaille... Et vous trouverez des peuples pour dire que finalement cela ne sert pas à grand-chose de garder une démocratie avec des élections qui ne servent à rien, alors que les Chinois ont été très efficaces pour l’écono- mie et contre l’épidémie... Vous aurez cette tentation du néocommunisme bourré de capitalisme, comme a su l’in- venter la Chine. Face un cer- tain déclin de l’Amérique et à une incapacité de l’Europe à surgir, il y a un risque de do- mination culturelle, écono- mique et mentale de la Chine. Face à cela, le bon remède, c’est l’Europe. Il faut une Eu- rope politique intégrée, avec un endettement commun, une politique vaccinale commune, pour avoir une politique de santé européenne. Nous de- vons repenser toutes nos po- litiques au niveau européen comme on a su le faire, il y a quelques siècles, au niveau français. Aujourd’hui, on peut construire une forme de na- tion européenne, avec l’Alle- magne, l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou la Belgique, pour mieux résister aux futures épi- démies et éviter d’être coincés dans le match États-Unis contre Chine. Je crains plus cela que des fantasmes de na- noparticules dans les vaccins ou de domination par les GAFA, car je pense que les GAFA ont compris désormais que la poule aux œufs d’or était allée le plus loin possible et qu’il faut maintenant commencer à jouer avec des règles collectives. Cela va être long. Ils vont évidemment dé- fendre leurs avantages chère- ment, mais je pense que ces GAFA vont tout doucement rentrer dans la raison démo- cratique. Pouvez-vous nous parler de Karel Capek ? C’était un écrivain tchèque, après la Première Guerre mondiale, et il a eu deux vi- sions incroyables. Il a inventé le mot robot dans une pièce de théâtre futuriste, en ima- ginant des machines qui al- laient remplacer les hommes pour les tâches pénibles. C’est d’ailleurs ce qui a donné le mot robot. Ensuite, en 1937, il a raconté l’histoire d’un vi- rus qui venait de Pékin et qui tuait tous les plus de cin- quante ans… On a l’impres- sion qu’il avait deviné, avec soixante-dix ans d’avance, le coronavirus. Quand j’ai lu cela, j’ai été stupéfié ! Alors évidemment, en 1937, à Prague, c’était une méta- phore du fascisme et du na- zisme qui étaient en train de polluer la planète. Il est tombé malade avant l’arrivée des nazis, son frère a été dé- porté, et il est mort en 1945, juste avant la libération des camps. Le livre s’appelle « La maladie blanche » et on peut encore le trouver chez quelques petits éditeurs. Il faut aussi lire « Jeu de mas- sacre » d’Eugène Ionesco qui dit tout sur les phénomènes épidémiques dans la tête des gens : la parole du peuple, la parole des fonctionnaires, la parole des policiers, la parole du pouvoir… Ionesco avait to- talement décrypté le fonc- tionnement d’une épidémie. Pour terminer cet entre- tien, sachez que Franck Louvrier, le maire de La Baule, sera heureux de vous accueillir pour une prochaine pièce ! Je serai ravi de venir dès que l’on rouvrira des salles de théâtre. Nous avons joué, juste avant le deuxième confi- nement, un dialogue entre Léon Blum et Georges Man- del, qui étaient tous les deux en déportation. J’ai aussi joué une pièce qui s’appelle « Le grand théâtre de l’épidémie » et j’ai un spectacle avec des textes et du chant, « Choses vues et chantées ». Ce sont des poèmes de Victor Hugo mis en musique par les plus grands - Liszt, Fauré ou Lalo - et des textes de Victor Hugo témoin de son temps. Il nous a raconté le XIXe siècle vu de l’intérieur. C'est un spectacle passionnant. Malheureuse- ment, nous ne le jouons plus, à cause du virus et de la lâ- cheté des politiques. Propos recueillis par Yannick Urrien.

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