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la baule + Juin 2021 // 17 D’ailleurs, les thèmes qui traversent les dé- cennies sont d’inspira- tion classique… Ils sont tous plus ou moins d’inspiration classique. En fait, c’est parfois mélangé entre le classique et l’émotion du film. La musique de film est aussi un mélange et c’est ce qui fait son intemporalité. La musique doit permettre de s’accrocher aux sentiments Avez-vous besoin de voir le film au moment où vous composez ? Je dois quand même parler au metteur en scène, savoir qui va jouer dans le film et, surtout, savoir quels sont les sentiments que la musique doit véhiculer. Il me faut ces éléments pour commencer à travailler, mais je peux me passer de voir les images. D’ailleurs, c’est mieux, parce que les images peuvent m’amener à composer une musique qui serait un pléo- nasme par rapport au film, alors que, ce qui est beau, c’est justement de raconter une histoire parallèle. La musique doit permettre de s’accrocher aux sentiments et de raconter l’intérieur des personnages, parfois ce que le metteur en scène n’a pas voulu montrer. Le compositeur est-il aus- si unmetteur en scène ? Une musique de film, c’est une forme de mise en scène, avec d’autres moyens qu’une caméra, mais c’est un objec- tif sur l’émotion, la nostalgie ou la violence, un deuxième regard en quelque sorte. Une musique de film per- met de s’installer dans l’émotion, progressive- ment, comme une fleur qui s’épanouit.Maisn’est- on pas en train de laisser disparaître nos émotions avec la génération des réseaux sociaux où tout se déroule en quelques secondes ? D’ailleurs, les temps longs n’existent plus… Vous avez raison, c’est dommage, maintenant on est dans le mini-clip. C’est une sorte de tweet, cela n’a donc rien à voir avec l’his- toire que peut véhiculer une musique que l’on développe avec un peu plus de temps. Aujourd’hui, on a oublié ce genre de narration musicale. C’est pour cette raison que la musique est de moins en moins intéressante au ciné- ma, parce qu’elle gomme le temps de l’émotion. Or, ce temps est essentiel. J’ai écrit la musique de près de 300 films Que faites-vous main- tenant ? Il paraît que vous refusez de nom- breux projets, car vous voulez travailler sur des œuvres avec lesquelles vous êtes en harmonie à 100 %… On passe une vie à écrire de la musique pour le cinéma, il faudrait presque une autre vie pour la faire réellement connaître et je suis mainte- nant dans cette deuxième partie. J’ai écrit la musique de près de 300 films et il y a probablement une centaine de films où la musique me donne envie de la faire parta- ger davantage aux gens. C’est un vrai travail de développe- ment et j’ai aujourd’hui envie de faire revivre cette musique pour que le public éprouve une nouvelle émotion. D’ailleurs, c’est dans votre actualité, avec une réédition du Chat et de César et Rosalie… Oui. Comme ce sont des rééditions, les gens vont les écouter avec une autre oreille en s’intéressant da- vantage à l’émotion des notes, même sans avoir vu les films. C’est en cela que les rééditions ne sont pas des redites. Enfin, vous n’avez pas ré- ponduàune questionque je vous ai posée précé- demment : lorsqu’un un jeune homme d’une ving- taine d’années reçoit la Chanson d’Hélène, est-ce le fait d’un ange gardien ou un don de Dieu ? Bien sûr, vous ne vous en rendez pas compte immé- diatement... Mais, au bout de très peu de temps, vous réali- sez qu’il y a eu un coup de ba- guette magique à un moment où vous ne l’attendiez pas. Et, tout d’un coup, cela trace toute une vie. Depuis Les Choses de la vie, je n’ai pas arrêté et cela a tracé toute ma vie. Donc, c’est divin… Propos recueillis par Yannick Urrien.

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