la baule+ 14 // Novembre 2022 La Baule + : Quand on parle de géopolitique du sport, on évoque les Jeux olympiques qui servent souvent d’instrument de propagande pour certains États. Retrouve-t-on la même stratégie avec le football ? Kévin Veyssière : C’est la même stratégie. J’ai voulu travailler sur le football, parce que cela touche tous les pays et j’ai voulu comprendre pourquoi certains pays tenaient tant à participer à la Coupe du Monde et pourquoi certains pays se sont définis en tant que nation grâce au football. Je pense à l’Uruguay, qui a organisé la première Coupe du Monde de Football en 1930 et, comme le Qatar, ils ont cherché à organiser cette compétition pour exister aux yeux du monde, parce que c’est un tout petit pays. Avec un petit pays, il n’y a pas d’autre moyen que le football pour exister rapidement aux yeux du monde : on ne peut pas créer Hollywood du jour au lendemain… Il y a la question de l’organisation, mais il y a aussi celle de la participation. C’est pour cette raison que la FIFA a voulu étendre la participation des équipes lors de la prochaine Coupe du Monde de 2026. Pendant un mois, c’est une grande fête internationale, avec 3 Football ► Le sport, c’est aussi de la géopolitique Kévin Veyssière : « Cette Coupe du Monde a été organisée en 2010 et les acteurs de l’industrie sportive auraient pu anticiper toutes ces critiques. » Kévin Veyssière, 30 ans, est expert et professeur en géopolitique du sport. Il est l’auteur de « Football Club Geopolitics : 22 Histoires insolites pour comprendre le monde » (Max Milo, juin 2021). Il publie le deuxième tome de son livre, dans lequel il raconte 22 nouvelles histoires où le ballon rond, dans le contexte particulier des Coupes du Monde, s’est retrouvé au cœur des jeux politiques internationaux. « Mondial, 22 histoires insolites sur la Coupe du Monde de football » de Kévin Veyssière est publié aux Éditions Max Milo. milliards de téléspectateurs. Il est donc important pour un État que son drapeau soit présent et que son équipe affiche le meilleur visage. Par rapport à la culture, le sport, particulièrement le football, avec son côté passionnel, peut immédiatement apporter une forte notoriété à un petit pays que l’on connaît peu. Il y a des pays, comme la Jamaïque, qui ont mis en avant une autre image en se montrant au goût du jour. Conflit territorial : ce genre de match est interdit par l’UEFA pour cause politique Vous prenez l’exemple du match entre les États-Unis et l’Iran qui aura lieu cette année. Comment se déroule un match entre deux pays qui sont en conflit ? Il y a déjà eu un match entre l’Iran et les États-Unis en 1998. La presse internationale estimait que c’était un match très politique parce que, déjà à l’époque, il y avait des sanctions économiques contre l’Iran de la part des États-Unis. Les relations étaient extrêmement tendues. Finalement, les deux dirigeants politiques, Clinton aux États-Unis et Khatami en Iran, se sont servis de ce match pour reprendre des relations diplomatiques apaisées. À l’époque, il y a eu une tentative d’apaisement et ce match devait symboliser la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays. Il y a eu une longue poignée de mains entre les deux capitaines et les deux équipes se sont fait photographier ensemble. Cette fois-ci, le contexte est différent, surtout depuis la présidence Trump, qui a durci les relations avec l’Iran et, maintenant, Biden veut un accord fort pour contrôler le nucléaire iranien. Il y a d’importantes manifestations en Iran, donc je ne vois pas cette année l’un des deux pays faire le même pas vers l’autre. Les deux pouvoirs n’ont pas ce même élan pour préparer ce match, comme ce fut le cas en 1998. Il y a d’autres exemples de pays qui sont en conflit, comme l’Arménie et l’Azerbaïdjan : c’est un conflit territorial et ce genre de match est interdit par l’UEFA pour cause politique. À l’origine des JO, même les nations qui étaient en guerre devaient respecter une trêve le temps de la compétition sportive. Pourquoi cet esprit n’a-t-il pas été perpétué ? C’est une idée qui avait été poussée par Pierre de Coubertin, le fondateur des JO modernes : remplacer la bataille des armes sur le terrain par le terrain sportif. Ensuite, tout le monde pouvait repartir bons amis... Mais le football a pris tellement d’importance au niveau économique, qu’aujourd’hui une équipe nationale est l’ambassadrice d’une nation dans un contexte de mondialisation. Aujourd’hui, chaque victoire peut être interprétée comme un rebond du pays au niveau international et c’est pour cette raison que nous avons perdu cet esprit de trêve. Si l’on prend l’exemple de la Russie, Vladimir Poutine avait fait du sport un enjeu pour refaire briller la nation russe à l’international, et c’est pour cette raison que les sanctions contre la Russie ont été très fortes au niveau sportif. Il a donc été décidé de stopper la participation de la Russie à cette Coupe du Monde de football. Le sport peut parfois aider à une reprise diplomatique et il faudra savoir comment on pourra réintégrer la Russie dans les organisations sportives car la Russie, ce n’est pas simplement Vladimir Poutine, c’est aussi des athlètes qui veulent concourir dans différentes compétitions. On ne pourra pas sanctionner toute la Russie pour la folie de Vladimir Poutine. Une problématique pour Xi Jinping, qui veut être devant sur tous les tableaux Les États-Unis et la Chine sont les deux premières puissances mondiales et, pourtant, ce ne sont pas des puissances footballistiques… C’est vrai, on pourrait aussi ajouter l’Inde. Les ÉtatsUnis sont une puissance olympique mais, pour le football, cela prend plus de temps parce que ce n’est pas une discipline ancrée culturellement. Le football féminin se développe beaucoup aux États-Unis et il y a beaucoup de jeunes talents. Cela prend du temps de créer un collectif, avec 11 joueurs, et former les talents de demain. En Chine aussi, il n’y a pas cette culture du football. Xi Jinping veut mettre en place une politique à marche forcée pour que la Chine se mette au football. Il y a énormément de camps de formation qui se mettent en place, mais cela ne prend pas. En 2002, la Chine n’a rien gagné ; alors que les Coréens et les Japonais ont obtenu de bons résultats. C’est une problématique pour Xi
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