La Baule+

la baule+ 10 // Mai 2023 Philosophie ► L’intellectuel nous invite à réfléchir sur le sens de l’identité Alain de Benoist : « Nous appartenons à l’humanité, non pas de façon directe, mais de façonmédiate, c’està-dire par l’intermédiaire d’une culture. » Un entretien avec Alain de Benoist est toujours un événement. Cette fois-ci, la situation est différente : le philosophe est invité sur tous les plateaux à l’occasion de la sortie de deux nouveaux livres et Jacques Julliard, réputé pour être de gauche, a lancé le débat en écrivant dans Marianne: « Alain de Benoist est un des grands intellectuels les plus méconnus de notre temps». Jacques Julliard cite les trois grands intellectuels de notre époque, selon lui : Michel Onfray, Pierre-André Taguieff et Alain de Benoist. « Nous et les autres » d’Alain de Benoist est publié aux Éditions du Rocher. « L’Exil Intérieur » d’Alain de Benoist est publié aux Éditions Krisis. La Baule+ : Que pensez-vous de la polémique autour des propos de Jacques Julliard, homme de gauche, qui a récemment déclaré que vous étiez « un des grands intellectuels les plus méconnus de notre temps » ? Le pensait-il déjà depuis longtemps sans oser le dire ? Alain de Benoist : Il y a un peu de cela. C’est un commentaire très gentil de sa part. Je connais Jacques Julliard depuis longtemps et j’apprécie ses travaux. C’est un esprit très libre, qui a luimême évolué au cours de ces dernières années en prenant de plus en plus de distance avec l’idéologie dominante. Je n’ai pas été étonné qu’il écrive cela sur mon compte. Je me suis réjoui de cette reconnaissance, qui ne désarmera pas les critiques. D’ailleurs, il a immédiatement été critiqué parce qu’il a dit ce qu’il ne fallait pas dire... Cela fait partie du jeu actuel. Vous traitez de l’identité dans votre nouveau livre en expliquant que nous avons tous notre idée sur cette question. Elle est très floue, mais elle est essentielle… L’identité est à la fois vitale et floue. Vitale, cela tombe sous le sens, puisque si l’on n’a pas d’identité, on ne sait pas qui l’on est, d’où l’on vient et où l’on va, et l’on développe toutes sortes de pathologies que les psychologues appellent le malaise identitaire. Sans identité, on n’est pas grand-chose. En même temps, lorsque l’on s’interroge sur la nature de l’identité, on se retrouve dans la position de Saint-Augustin quand il parlait du temps. Il disait que, quand il ne réfléchit pas spécialement là-dessus, il sait très bien ce qu’est le temps qui passe, mais en s’interrogeant sur le fond, il s’aperçoit que c’est beaucoup plus compliqué. C’est la même chose avec l’identité. L’erreur étant de croire que si elle est floue, elle n’est pas vitale et, à l’inverse, si elle est vitale, elle ne peut pas être floue. Lorsque l’on parle de l’identité individuelle, il est clair que l’identité individuelle a de multiples facettes. Nous avons une identité culturelle, une identité nationale, une identité sexuelle, une identité de naissance, mais nous avons également une identité acquise, une identité professionnelle, une identité politique, philosophique ou religieuse. Ces différentes facettes de notre identité ne s’harmonisent pas spontanément les unes avec les autres et elles n’ont pas forcément la même importance à nos yeux. Par exemple, il y a des gens qui sont Bretons et Français, c’est le cas de la plupart des habitants de la Bretagne. Mais si vous parlez avec eux, certains vous diront qu’ils sont Français d’abord et Bretons ensuite, et d’autres l’inverse. Par cet exemple très simple, on voit bien qu’il y a des facettes de notre identité qui comptent plus que d’autres. Pour certains, l’identité politique sera la première chose. Pour d’autres, ce sera l’identité professionnelle, ou encore l’identité sexuelle. Par conséquent, il y a tout un jeu dialectique entre ces différentes facettes. Si l’on passe à l’identité collective, on découvre la même complexité. Si vous interrogez quelqu’un sur l’identité française, ou européenne, vous aurez des réponses, mais vous serez frappé par la grande diversité des réponses et de leurs côtés très subjectifs. Certaines définitions que vous allez recueillir seront même complètement opposées. À partir de là, on voit bien que l’identité est loin d’être une chose simple. Pourtant, cela reste absolument vital. Le peuple juif nous donne l’exemple d’un peuple qui s’est parfaitement intégré dans la société globale, mais qui, en même temps, ne s’est pas assimilé, donc qui a voulu subsister en tant que communauté Vous prenez l’illustration du peuple juif pour souligner que ce n’est pas quelque chose de simple…

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