La Baule+

la baule+ Mai 2023 // 11 Effectivement, j’ai fait un texte sur l’identité juive et comment elle a été perçue au fil des siècles. J’ai tenu à rédiger cet appendice pour plusieurs raisons. D’abord, le peuple juif est l’exemple d’un peuple qui a été dispersé en diaspora pendant plusieurs millénaires et qui a réussi, pour l’essentiel, à se maintenir, donc à maintenir son identité, alors que tant de peuples placés dans la même situation se sont fondus dans la population d’accueil avant de complètement disparaître. La deuxième raison, c’est que le peuple juif a toujours été hanté par la ou les réponses que l’on peut donner à la question : qui est juif ? Il y a des réponses culturelles, des réponses dogmatiques, des réponses religieuses… Enfin, je trouve très intéressant, à une époque où l’on parle beaucoup de l’intégration et de l’assimilation, de constater que le peuple juif nous donne l’exemple d’un peuple qui s’est parfaitement intégré dans la société globale, mais qui, en même temps, ne s’est pas assimilé, donc qui a voulu subsister en tant que communauté, ce qu’il a parfaitement réussi. Cela justifie que l’on porte un regard privilégié sur cet exemple. Cela montre à quel point la question de l’identité est toujours complexe. Pourtant, si vous interrogez des juifs sur la définition d’être juif, vous obtiendrez des réponses différentes et parfois même contradictoires… Dans toute l’histoire du peuple juif, il y a eu une sorte de tiraillement dialectique entre un pôle particulariste, qui vise à maintenir la communauté juive dans sa spécificité, et un pôle plus universaliste, qui est un peu plus problématique, parce qu’il est plus difficile de maintenir une identité propre dans une perspective universaliste. Ces deux courants ont entamé un dialogue au cours des siècles, parfois courtois, parfois plus rugueux, qui est éclairant. Souvent, les gens parlent d’identité en évoquant les différences culturelles : quelle est la différence entre l’identité et la culture ? On s’entend bien parce que l’on se ressemble, c’est une banalité de le dire, qui se ressemble s’assemble. Mais il faut bien comprendre que cela a une portée très profonde qui nous renvoie aussi bien vers la zoologie que vers la sociologie. D’une manière générale, tous les grands mammifères vivent en corps social et ils sont portés à se rapprocher de ceux qu’ils perçoivent comme partageant un plus grand nombre de choses, notamment sur le plan culturel. Aujourd’hui, on critique beaucoup le communautarisme, qui est une sorte de caricature de l’esprit de communauté, mais il faut bien voir que c’est un réflexe tout à fait normal. Sur laquestion culturelle, c’est un élément déterminant de notre identité. Nous sommes nés dans une culture, qui nous est familière, elle est partagée par beaucoup de gens qui nous entourent, et c’est ce qui fait que nous avons des rapports de confiance. Il est toujours plus difficile d’avoir des rapports de confiance avec des gens qui sont perçus comme étrangers à ce que nous sommes. Le problème, c’est que la culture évolue. La culture dans laquelle nous sommes nés et celle dans laquelle nous mourrons ne sont pas tout à fait les mêmes, puisqu’il y a eu des éléments de transformation dans les mœurs et dans la sociabilité. Sur la longue durée, on voit bien qu’il y a des éléments de permanence et des éléments de changement. Il est tout à fait légitime de parler de culture française, ou de culture européenne, en se situant sur la longue durée, mais on sait bien que la culture française n’est pas exactement la même à l’époque gallo-romaine, à la fin du Moyen-Âge, ou à l’époque de la révolution industrielle. (Suite page 12 )

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