la baule+ 18 // Mars 2023 Société ► Un livre pour combattre les idées reçues sur la Bretagne et les Bretons… Maiwenn RaynaudonKerzerho : « Le pouvoir central a toujours regardé la Bretagne avec méfiance, parce qu’elle a cette image de rebelle. » Maiwenn Raynaudon-Kerzerho, rédactrice en chef adjointe du magazine Bretons, revient sur les nombreux préjugés que l’on peut avoir sur la Bretagne et les Bretons. Elle décortique ces clichés visant à faire passer les Bretons pour des « ploucs » en expliquant pourquoi la plupart de ces stéréotypes sont franchement idiots et ne sont pas toujours fondés… « Ploucs ? Clichés agaçants et idées reçues sur la Bretagne et les Bretons» de Maiwenn Raynaudon-Kerzerho est publié aux Éditions Blanc & Noir. La Baule + : Est-ce sur la Bretagne et la Corse qu’il existe le plus de clichés et d’idées préconçues ? Maiwenn Raynaudon-Kerzerho : C’est forcément sur les régions qui ont une forte identité, puisqu’il faut bien s’accrocher à des traits saillants pour produire des clichés. Ce sont des régions qui ont été plus en retard en matière de développement que les autres et qui ont aussi été victimes de mépris de la part des élites parisiennes. La Bretagne est très bien placée dans les régions qui sont le plus victimes de clichés. La plupart de ces clichés sont-ils nés au début du siècle dernier ? Effectivement, l’image de Bécassine, c’est-à-dire la Bretonne un peu plouc, est née à la fin du XIXe siècle, quand il y a eu un mouvement d’immigration de masse des Bretons vers les grandes villes. Plus de 30 % des Bretons ont quitté la région, c’est énorme, pour aller vers Nantes ou Paris. Ils arrivent, ils sont plus pauvres que les autres, ils parlent mal le français et ils occupent les positions sociales les moins valorisées. C’est à ce moment-là que le mot plouc se diffuse. Le rattrapage s’est fait dans les années 70, avec le développement économique et le développement de l’agriculture, et l’on découvre le dessin de Bécassine qui ouvre la bouche et qui lève le poing. N’est-ce pas simplement lié au phénomène d’immigration car, par définition, ce sont toujours les plus pauvres d’un territoire qui vont chercher du travail ailleurs ? C’est vrai, on se moque d’abord de ce que l’on considère être comme inférieur et différent. On s’est moqué des Bretons à partir du moment où ils sont venus quémander du travail à Paris. À Nantes, on avait tendance à dire que les Bretons étaient les pauvres du quartier Chantenay, donc il y avait quand même du mépris. Sur la question de la réunification, il y avait aussi dans l’esprit de certaines élites nantaises l’idée de ne pas être trop assimilées à la Bretagne, parce que cela reste un peu plouc. Tout cela n’a-t-il pas été aussi caricaturé par le cinéma, par exemple lorsque Jean-Pierre Marielle multiplie les aventures avec des jeunes soubrettes dans des hôtels ? La Bretagne a été assez mal servie par le cinéma. Je ne comprends pas très bien pourquoi il n’y a pas eu davantage de grands films sur la Bretagne et les Bretons. Par exemple, récemment, il y a eu le film «Plancha » qui est une succession de clichés sur la Bretagne, entre la pluie, les cirés jaunes, les bols et quelques blagues sur les Bretons et l’alcoolisme. Donc, même en 2022, le cinéma multiplie les clichés. Pourtant, à l’inverse, depuis longtemps, la Bretagne est considérée comme une destination élégante de vacances et, même dans les années 70 ou 80, les familles bourgeoises parisiennes considéraient la Côte d’Azur comme une destination de ploucs… La Bretagne est une destination pittoresque et authentique. Quand on recherche de l’authenticité et des traditions, on se tourne vers la Bretagne. On aime bien la Bretagne parce que c’est pittoresque, mais simplement pour les vacances. Toutefois, on observe un changement des mentalités et les gens se disent que c’est agréable de venir dans une région qui est plutôt préservée et qui a su conserver son identité. Ce côté pittoresque, qui a sans doute été négatif, est devenu un élément très positif et toutes les projections démographiques indiquent que la Bretagne va devenir de plus en plus attractive au cours des prochaines années. En Bretagne, le rapport à l’alcool est plus libre et plus décomplexé Vous passez en revue de nombreux clichés, notamment sur l’alcoolisme… C’est une idée reçue qui vient très fréquemment : les Bretons picolent... Cela ne vient pas de nulle part, il y a toujours un fond de vérité historique et, c’est vrai, il y a un rapport particulier à l’alcool en Bretagne. On a un rapport assez festif à l’alcool, les gens peuvent boire beaucoup lors d’une soirée et ils peuvent le dire sans honte. Au XIXe siècle, quand il y avait des fêtes, les hommes buvaient beaucoup. Aujourd’hui, quand on regarde la consommation quotidienne d’alcool, les Bretons sont loin d’être les premiers. C’est en Occitanie que l’on consomme le plus d’alcool. Maintenant, les Bretons ont sans doute un alcool festif plus marqué qu’ailleurs. Les enquêtes de santé publique sont souvent déclaratives et il faut savoir qu’en Bretagne il n’y a pas de honte par rapport à cette question. Donc, les gens vont répondre la vérité, ce qui n’est sans doute pas le cas ailleurs. Si vous posez la question à Paris, les gens vont répondre qu’ils ne boivent pas beaucoup, même si c’est faux. En Bretagne, le rapport à l’alcool est plus libre et plus décomplexé. C’est comme la question du suicide : on dit souvent que la Bretagne est en tête des régions où l’on se suicide le plus, ce qui est particulièrement dramatique. Quand on analyse les données, on s’aperçoit que c’est faux, parce que, quand quelqu’un décède, on doit établir la cause du décès sur le certificat. En Bretagne, on est toujours discipliné et consciencieux, et les médecins remplissent les certificats à la perfection alors que dans d’autres régions, notamment en Île-deFrance, les certificats de décès sont remplis n’importent comment. Donc, en Île-de-France, on s’aperçoit qu’il n’y a quasiment pas de suicides et quasiment pas non plus de morts par overdose. Donc, il faut se méfier des chiffres et voir comment ils sont construits. En réalité, en Bretagne, le taux de suicides est sans doute moins élevé qu’ailleurs. Le principal cliché concerne évidemment la météo… La Bretagne a des climats très différents et, quand on donne la météo nationale, on donne celle de Brest pour la Bretagne. En plus, dans une même jour-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2