La Baule+

la baule+ Mars 2023 // 19 née, on peut avoir les quatre saisons en Bretagne et cela n’apparaît pas dans les bulletins météo. Il pleut moins à Nantes, Vannes ou Lorient qu’en Normandie ou dans le Nord… Il pleut évidemment un peu plus qu’à Toulouse, mais il pleut plus à Bordeaux ou à Biarritz qu’en Bretagne… Il fait moins froid en hiver et moins chaud en été, or c’est en train de devenir un avantage. Le changement climatique est aussi attractif pour la Bretagne, puisque nous allons accueillir de plus en plus de gens à la recherche d’étés plus cléments. La Bretagne a été un État indépendant qui a été annexé difficilement au Royaume de France On dit souvent que les routes sont gratuites en Bretagne grâce à Anne de Bretagne… Il est vrai que la Bretagne a eu des privilèges fiscaux pendant longtemps, parce qu’il ne faut jamais oublier que la Bretagne a été un État indépendant qui a été annexé difficilement au Royaume de France. Cela s’est fait au terme d’une guerre et trois mariages. Donc, même après l’annexion, on n’a pas été trop embêter les Bretons, qui ont pu garder un certain nombre de privilèges fiscaux jusqu’à la Révolution. Sur la question des autoroutes gratuites en Bretagne, cela remonte aux années 60 : la Bretagne est une région largement sous-développée par rapport au reste de la France et un mouvement se crée, le CELIB, avec des universitaires notamment, de gauche comme de droite. Ces gens ont imaginé un plan de développement pour la Bretagne. Dans ce plan, il y avait l’idée d’avoir des quatre voies gratuites qui correspondraient à la géographie bretonne, avec des sorties régulières, puisque l’habitat est dispersé en Bretagne, avec un réseau important de petites et de moyennes villes. Ce plan a été accordé à la Bretagne grâce à la mobilisation de ce CELIB et cela correspondait aussi à une époque où l’agitation politique était forte en Bretagne. Donc, le pouvoir a cédé là-dessus. Les Bretons sont très attachés à cela : souvenez-vous des Bonnets rouges, il y a quelques années, lorsque l’on a évoqué la simple idée de faire payer ces routes aux camions. Je pense que le pouvoir n’est pas près de remettre cette idée sur le tapis... Quel cliché avez-vous envie de nous faire partager ? J’ai la chance d’avoir été élevée en breton et je parle breton couramment. Ce qui m’agace, c’est l’idée que la langue bretonne serait un patois et que ce ne serait pas une vraie langue. La langue bretonne mérite d’être mieux connue pour que les gens se rendent compte que c’est une langue très riche, qui a une histoire très ancienne, cousine du gallois et du gaélique, et qui est une langue écrite depuis son origine, avec une riche histoire littéraire, avec sa propre grammaire et sa syntaxe. Elle apporte une vision du monde très différente et, quand on parle breton, je vous assure que les noms de lieux résonnent différemment. La langue bretonne est aussi prestigieuse que les autres. Elle a juste été plus méprisée que les autres et c’est pour cette raison qu’elle est mal en point. La Bretagne est un Portugal qui a foiré… Vous avez évoqué le sous-développement économique de la Bretagne au siècle dernier : n’est-ce pas une volonté de l’État français afin de contrer toute nouvelle idée d’autonomie ? L’ancien ministre Brice Lalonde dit que la Bretagne est un Portugal qui a foiré… En tout cas, la Bretagne a toujours fait peur à l’État central, parce que c’est une province qui a été rattachée tardivement au Royaume de France et qui a toujours gardé une âme un peu rebelle. Le pouvoir central a toujours regardé la Bretagne avec méfiance, parce qu’elle a cette image de rebelle. Elle a été surveillée comme l’huile sur le feu. Pendant longtemps, pas grand-chose n’a été fait pour la valoriser. Dans certaines élites, il y a toujours une peur très forte des identités régionales, et cela ne concerne pas que la Bretagne. Vous qualifiez la Bretagne de rebelle. Pourtant, vous rappelez que c’est la région qui a toujours voté dans le sens du pouvoir : quand la France est mitterrandienne, la Bretagne est mitterrandienne; quand la France est chiraquienne, la Bretagne est chiraquienne; quand la France est macroniste, la Bretagne est macroniste… Les Bretons sont assez légalistes. Tant qu’ils estiment que le pouvoir est plutôt juste, ils obéissent aux lois. Ce sont des gens qui ont un sens aigu de la justice et ce sont effectivement de bons citoyens. Ce sont aussi ceux qui votent le plus aux élections, puisque les taux de participation sont toujours plus élevés en Bretagne qu’ailleurs. Il y a un côté bon élève qui est un peu décalé. Ce sont aussi ceux qui écoutent le plus la radio ou qui lisent le plus de journaux. Les Bretons sont en tête dans le tri des déchets ou dans le don du sang… Il y a de nombreux indices qui indiquent que ce sont des gens qui ont une certaine idée du bien commun et qui ne font pas de vagues, sauf si l’on tape trop fort sur eux. C’est ce qui s’est passé pendant la Révolution. Effectivement, la Bretagne a un côté bon élève. Propos recueillis par Yannick Urrien.

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