La Baule+

la baule+ 4 // Mars 2023 L’association « Histoire et culture en région nazairienne » vient de publier la dixième édition de sa revue « Par les temps et par les rêves » qui est disponible chez les marchands de journaux de Saint-Nazaire et de la Presqu’île. Dans ce numéro figure notamment une enquête passionnante réalisée par Jean Boyé et Marie et Maurice Rouzeau sur la perception de l’espace et du temps dans notre région à l’époque néolithique, à travers l’histoire du tumulus de Dissignac à Saint-Nazaire. Marie Rouzeau explique que l’objectif était de comprendre «la perception de l’espace et du temps par des populations qui vivaient dans des temps très reculés, c’est-àdire au tout début du peuplement néolithique de la région, soit il y a environ 7 500 ans ». Une connaissance préalable du parcours du soleil L’idée de s’intéresser à ce sujet remonte à un voyage en Grande-Bretagne effectué il y a plusieurs décennies: « On nous avait présenté des monuments mégalithiques, en nous certifiant qu’ils étaient orientés d’une certaine manière et vers des points remarquables du parcours du soleil dans l’espace. Nous avons voulu vérifier si c’était aussi le cas à Dissignac. Nous nous sommes levés un solstice d’hiver, peu de temps avant Noël, à l’époque ce n’était pas du tout protégé. Et nous nous sommes tapis dans le fond d’une chambre de ce tumulus de Dissignac. Tout était noir et, quand le soleil s’est levé, tout d’un coup le pinceau rouge du rayon que le soleil émettait a éclairé l’ensemble de la chambre pendant une demi-heure. Cela s’est reproduit le lendemain. Et c’était fini pour un an… Quand on a vu cela, on ne pouvait pas imaginer que ce n’était pas volontaire, ce qui veut dire qu’il y a eu des repères de pris, avec une connaissance préalable du parcours du soleil, et qu’il y a eu d’énormes efforts de la part de la population pour construire un monument qui avait très nettement un sens. Ils sont allés chercher à cinq kilomètres des blocs de pierres qui pesaient des tonnes, alors qu’il n’y avait aucun moyen technique pour le faire - ce n’était pas encore la période où il y avait le fer - et c’était donc véritablement une prouesse.» Il existait des civilisations intelligentes il y a 7 500 ans sur la Presqu’île L’enquête démontre que, déjà, la population avait alors compris les rotations d’une journée et le cycle des saisons : « Il y avait certainement une puissance symbolique avec le solstice d’hiver. À l’époque, quand nous avons fait cette découverte avec mon mari, nous nous sommes intéressés aux peuples premiers d’Amérique du Nord. Les Indiens Histoire : il y a 7 500 ans, la population de la presqu’île savait déjà mesurer les cycles du temps appellent ce jour-là le jour de la mort du soleil. Il y a une symbolique de mort. Depuis, on sait que ces monuments sont aussi des tombeaux. Il y a donc une relation entre cette orientation délibérée et choisie vers le solstice et, probablement, le tombeau collectif qui était là. » Ainsi, on a la preuve qu’il existait des civilisations intelligentes il y a 7 500 ans sur la Presqu’île : « On dit souvent que toute la civilisation est venue d’Orient et que le savoir est arrivé de la Méditerranée et du ProcheOrient. Or, ces pierres dressées prouvent que les choses ne se sont pas passées ainsi. On a présenté ces monuments comme des sortes d’œuvres d’art primitives, mais ces gens ont dû s’organiser pour venir chercher ces pierres sur le littoral. Il a fallu les traîner jusqu’au sommet du tumulus de Dissignac. À l’époque, les chevaux ne tiraient pas encore les charges. Donc, ce sont les hommes et les femmes qui ont dû faire cela. Des archéologues ont essayé de comprendre comment on pouvait détacher ces blocs de rochers. Ce n’était pas rien : il fallait enfoncer du bois, puis arroser les planches pour que le bois gonfle et déstabilise progressivement les blocs. C’était un travail vraiment usant. Il fallait une énergie folle et, surtout, une forte motivation, certainement en raison des croyances de l’époque. » On ne trouve pas dans le monde une plus vieille architecture en pierre que dans le sud de l’Armorique Marie Rouzeau conclut que « cela montre un esprit collectif et une société hiérarchisée, avec un pouvoir politique ou religieux, comme en Égypte où le pharaon était à la fois chef politique et chef religieux. Ce que l’on trouve dans notre région ressemble à ce que l’on peut voir vers Carnac ou dans le sud du Morbihan. Cela prouve qu’il y avait déjà une organisation solide. On ne trouve pas dans le monde une plus vieille architecture en pierre que dans le sud de l’Armorique, car c’était vraiment une prouesse que de détacher un bloc de pierre. » L’association « Histoire et culture en région nazairienne » lance un appel aux élus pour que davantage d’informations sur les sites sensibles de la Presqu’île soient diffusées, afin d’avertir la population : « Récemment, en Brière, des gens se sont servis en terre pour combler un chemin qui était en mauvais état, alors que c’était un site archéologique, mais sans le savoir. C’est catastrophique… » Contact Histoire et culture en région nazairienne : hcrn@laposte.net Site : http://histoire-culture-region-nazairienne.over-blog.com

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