la baule+ 10 // Novembre 2023 Pour mieux comprendre, imaginons que Bruxelles appartienne à la France: entre Bruxelles et la France il y a évidemment la Belgique. La France revendique une route pour aller de la frontière française à Bruxelles, en traversant une partie du territoire belge et c’est ce qui pose problème… C’est une situation qui serait tout à fait similaire. L’accord d’armistice de novembre 2020, ainsi que l’accord complémentaire de janvier 2021, signé par le gouvernement arménien, prévoit l’ouverture de nouvelles voies de communication pour relier ces deux parties de l’Azerbaïdjan à travers le territoire arménien. On constate que le Caucase est un point de passage nécessaire entre l’extrême Orient, la Chine et la Corée du Sud, et l’Union européenne. En effet, ce n’est pas possible par la Russie, en raison de l’agression contre l’Ukraine, c’est impensable par l’Iran à cause de la nature du régime, sans parler de la situation en Irak et en Syrie. Donc, c’est le point de passage idéal. Il y a une volonté de créer ce corridor du milieu qui serait une source de prospérité pour tout le monde, y compris pour l’Arménie. D’ailleurs, Monsieur Pachinian a demandé à Monsieur Alyev et à Monsieur Erdogan un embranchement arrivant jusqu’à Erevan afin que l’Arménie puisse en profiter comme ses deux grands voisins. Monsieur Alyev et Monsieur Erdogan ont réMaxime Gauin: « Il va falloir expliquer pourquoi un djihadiste sunnite irait soutenir un pays à majorité chiite, laïc et allié d’Israël.» des efforts considérables pour éteindre les malentendus. Du côté français, il faut cesser d’écouter les groupes extrémistes qui ne représentent qu’eux-mêmes et qui sont d’ailleurs en conflit ouvert avec le gouvernement arménien issu des urnes. La France essaye de sortir l’Arménie de sa dépendance militaire à la Russie et à l’Iran, ce qui est tout à fait louable. Force est de constater que la coordination avec Bakou est tout à fait insuffisante. Les craintes de Bakou ne sont pas totalement apaisées et certaines formules auraient dû être complètement réécrites avant d’être prononcées. Par exemple, quand Madame Colonna, ministre des Affaires étrangères, est allée en Arménie, elle a dit que la France était aux côtés de l’Arménie et que la France vendrait des armes à l’Arménie. Si elle avait dit « Nous sommes aux côtés de l’Arménie pour une paix fondée sur le respect mutuel de l’intégrité territoriale telle que signé à Prague», cela n’aurait pas suscité de crise avec Bakou. Lors d’une intervention télévisée récente, il a dit que la France veillerait à la protection des frontières de l’Arménie. Ceux qui ne connaissent pas le sujet ont fait un amalgame avec cette affaire des territoires occupés, alors qu’en réalité le président de la République a été très subtil puisque, pour l’instant, les frontières de l’Arménie ne sont pas attaquées. Donc, cela ne change rien au conflit actuel… Absolument. Monsieur Pachinian vit dans la terreur d’être renversé par les extrémistes de son propre pays, qui sont pour la plupart très liés au Kremlin. Il se de- « Vous pouvez laisser votre téléphone portable à la terrasse d’un café et aller aux toilettes, on ne vous le volera pas. » mande comment faire pour aller jusqu’à la signature de la paix, sans que cela lui coûte la vie ou le pouvoir. Monsieur Macron essaye, en toute bonne foi, de le consolider dans sa volonté sécuritaire pour qu’il signe la paix. Évoquons maintenant la géopolitique de l’Azerbaïdjan, car c’est incompréhensible. L’Azerbaïdjan est un pays allié aux ÉtatsUnis et à l’Occident, alors que l’Arménie est alliée à la Russie. Or, Vladimir Poutine semble quand même avoir soutenu l’Azerbaïdjan dans sa reconquête des territoires… Soutenu, non, parce que la Russie a largement fourni des armes et des munitions à l’Arménie lors de la guerre de 2020. Cependant, avec les déclarations de novembre 2020, que vous évoquez, ce qui a joué, c’est l’affaiblissement de la Russie à la suite des sanctions de 2014 et le renforcement de l’alliance entre la Turquie et l’Azerbaïdjan qui rendait un engagement total de la Russie plus que difficile. Il y a 30 ans, la Russie avait carrément envoyé des volontaires se battre du côté de l’armée arménienne, ce qui n’était plus concevable, car Monsieur Erdogan a fait comprendre à Monsieur Poutine que s’il allait trop loin, il allait fermer les détroits et l’économie russe allait plus que souffrir. C’est encore plus vrai pour l’opération de septembre dernier puisque, en raison de la guerre en Ukraine, l’armée russe est dans un état plus que difficile, ce qui rend encore plus compliquée toute aide à l’Arménie. Ils ont quand même envoyé des armes légères aux séparatistes entre 2021 et 2023. Les supermarchés à côté de chez moi, à Bakou, ont un rayon vins et alcools digne de ceux de Paris Autre cas : on a entendu en France, plutôt dans desmilieuxdedroite, des personnalités comme Marion Maréchal ou Bruno Retailleau dire qu’il fallait soutenir l’Arménie, parce qu’ils sont chrétiens, contre les islamistes de l’Azerbaïdjan, en soulignant que les djihadistes étaient du côté de l’Azerbaïdjan… On a même dit que l’Azerbaïdjan avait fait appel aux combattants de Daech contre la chrétienté… En réalité, « L’accord prévoit l’ouverture de nouvelles voies de communication pour relier ces deux parties de l’Azerbaïdjan à travers le territoire arménien. » pondu positivement. On est vraiment dans un intérêt partagé. Maintenant, il est naturel qu’il y ait des divergences sur les modalités pratiques. Il faudrait que tout le monde évite des mouvements de panique injustifiée, des termes qui irritent Bakou, et qui pourraient encourager de mauvais penchants à Erevan. Il faudrait vraiment inciter les gouvernements à s’entendre dans la paix. La France essaye de sortir l’Arménie de sa dépendance militaire à la Russie et à l’Iran, ce qui est tout à fait louable La France défend l’Arménie en raison de son rôle historique de protection des chrétiens. Pourtant, les Arméniens lui reprochent de ne pas être assez offensive, alors que Bakou reproche à la France de ne plus être objective… Finalement, personne n’est satisfait… Il y a des critiques des deux côtés, allant dans des sens opposés. Il y a un énorme problème de communication entre Paris et Bakou en ce moment et il va falloir faire
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