La Baule+

on s’aperçoit que l’Iran et le Hezbollah sont du côté de l’Arménie et que c’est Israël qui défend l’Azerbaïdjan… C’est à ne plus rien y comprendre ! C’est à ne rien y comprendre quand on ne connaît pas la situation, mais vous la connaissez bien. L’Azerbaïdjan, depuis la proclamation d’indépendance de 1918, est une république laïque. Ce fut même le premier État du monde musulman à donner le droit de vote aux femmes. C’est un État où le taux de pratique religieuse est le plus bas. Il y a eu un sondage dans la plupart du monde musulman en 2016, avec notamment comme question : « Voulez-vous la charia ? » C’est en Azerbaïdjan que le taux de réponses positives a été le plus bas, avec 8%. Aujourd’hui, ce serait encore plus bas. L’Azerbaïdjan, c’est vraiment le contraire de l’islamisme et c’est d’ailleurs l’une des questions pour lesquelles le régime des mollahs déteste l’Azerbaïdjan, parce que c’est un pays à majorité chiite, avec un régime et un mode de vie laïcs. Quant aux djihadistes, c’est complètement ridicule, parce qu’il va falloir expliquer pourquoi un djihadiste sunnite irait soutenir un pays à majorité chiite, laïc et allié d’Israël. Cela ne veut rien dire ! Les supermarchés à côté de chez moi, à Bakou, ont un rayon vins et alcools digne de ceux de Paris. Lorsque le gouvernement azerbaïdjanais a dit aux Arméniens: « Montrez-nous des djihadistes qui auraient été tués», le ministère arménien de la Défense a expliqué que « les cadavres ont été mangés par des sangliers…» Je voudrais aussi souligner que le culte catholique est beaucoup plus libre à Bakou qu’à Erevan. Il y a malheureusement dans l’église nationale arménienne, qui est schismatique, une tradition anti catholique qui est très forte et cela explique pourquoi le pape Benoît XV était un turcophile. Monsieur Pachinian essaye de se distancer de tout cela et, au moment où je vous parle, si vous êtes catholique, il vaut mieux habiter Bakou qu’Erevan. Et pas seulement d’un point de vue économique. Je viens de passer quelques jours à Bakou, qui est une ville que je connais bien. Je suis toujours surpris par la vie nocturne et surtout par la sécurité des femmes. C’est vraiment le pays où les femmes sont tranquilles, entre copines, dans les terrasses des cafés, avec leur portable, toujours joyeuses. J’ai été frappé par cette image qui rappelle le Paris des années 80. J’ai vu des couples s’embrasser sur la promenade de mer, presque une photographie à la Robert Doisneau… Parlez-moi des femmes… Je comprends tout à fait votre comparaison, il y a des parallèles à établir entre l’Azerbaïdjan d’aujourd’hui et la France d’il y a 50 ans. Sur la sécurité en général, et la sécurité des femmes en particulier, c’est une évidence, vous pouvez laisser votre téléphone portable à la terrasse d’un café et aller aux toilettes, on ne vous le volera pas. La délinquance de rue est quasiment inexistante. Le pire qui puisse vous arriver, c’est un vol de vélo, et c’est moins fréquent qu’à Paris. La violence des femmes dans la rue est inexistante, car si vous attaquez une femme dans la rue, la rue va vous tomber dessus. Bakou est une ville sûre, y compris de nuit, dans tous les quartiers. Vous pouvez traverser la ville et vous ne verrez pas un seul policier avec un fusil. Encore une fois, les femmes votent en Azerbaïdjan depuis 1919, donc 25 ans avant la France. Leur condition s’est améliorée depuis le retour à l’indépendance en 1991 et la capitale est vraiment la vitrine de l’émancipation des femmes. Le conservatisme religieux est très faible. Le conservatisme sociétal existe encore, mais il décline progressivement. Propos recueillis par Yannick Urrien. la baule+ Novembre 2023 // 11

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