la baule+ Novembre 2023 // 9 On parle maintenant d’expulsion des populations arméniennes du Karabagh, qui appartient donc à l’Azerbaïdjan, et le gouvernement français utilise le terme de nettoyage ethnique : qu’en est-il ? Je crains que le gouvernement n’ait pas eu les bonnes sources d’information, parce que cela ne tient pas. Il n’y a aucune preuve tangible établissant que les Arméniens qui ont quitté l’entité séparatiste, au moment où elle a été reprise, aient été menacés ou contraints de partir. Au contraire, il y a eu des appels officiels à rester avant et après la reconquête, qui a duré 24 heures. Il y a eu des combats contre les forces séparatistes, mais pas contre l’armée arménienne, puisqu’en 2023 l’armée arménienne n’a pas tiré un coup de fusil. Il n’y a rien qui soit de nature à provoquer cet exode. Je me fonde sur des témoignages arméniens. Certains ont dit « Je déteste les Azerbaïdjanais, donc je ne veux pas rester dans un territoire sous contrôle de l’Azerbaïdjan. »D’autres ont dit « Nous voudrions bien rester, ne serait-ce que pour essayer, mais nos autorités nous ont demandé de partir » en faisant allusion aux chefs séparatistes. Il y a quand même eu des propos choquants dans certaines vidéos. Y aurait-il des soldats azéris, peut-être des descendants de victimes du massacre de Khodjaly, qui se seraient mal comportés sans l’aval de leur hiérarchie ? Les histoires personnelles Khodjaly : en février 1992 les forces arméniennes ont massacré au moins 613 personnes dans cette bourgade d’Azerbaïdjan peuvent-elles expliquer ces écarts ? Certainement. Je vais apporter une précision sur le massacre de Khodjaly. En février 1992, lorsque les forces arméniennes ont massacré au moins 613 personnes dans cette bourgade, un commandant arménien, Serge Sarkissian, a revendiqué ce massacre auprès d’un journaliste britannique en disant: « Avant Khodjaly, les Azerbaïdjanais croyaient que nous n’étions pas sérieux quand nous parlions de lever la main sur les civils. Après, ils ont compris… » Il n’y a aucun doute sur l’existence de ce massacre et sur son ampleur. Pour répondre clairement à votre question, il est tout à fait possible que des soldats azéris, apparentés aux victimes de ce massacre, mais aussi d’autres massacres, aient perdu le contrôle d’eux-mêmes. Mais il n’y a aucune preuve de meurtres de civils ou de viols de femmes. Il peut y avoir des gens qui tiraient en l’air, sans nécessité militaire, des paroles qu’ils auraient mieux fait de garder pour eux, mais ce sont des dérives individuelles et peu nombreuses. Pas du tout de nature à provoquer une immigration soudaine de dizaines de milliers de personnes. Comment parvenir à la paix entre les peuples, car il y a quand même un climat de détestation réciproque ? Il faudrait mettre en avant davantage les 36 000 Arméniens qui habitent à Bakou et Gandja et, pourquoi pas, c’est ce que j’ai dit à la télévision azerbaïdjanaise, nommer un ou une membre de cette communauté à un poste de responsabilité dans les territoires libérés pour inciter ceux qui ne sont pas partis à ne pas faire l’erreur de partir et pour inciter ceux qui sont partis à revenir. D’autres mesures ont déjà été prises pour inciter les Arméniens ethniques à revenir, notamment des aides et des incitations fiscales pour les agriculteurs, afin qu’ils redeviennent citoyens de l’Azerbaïdjan. Il faudrait rendre cela public le plus possible. Du côté arménien, d’autres efforts sont nécessaires pour faire cesser cette haine qui est très forte, alors que l’Arménie s’est entièrement vidée de ces Azéris ethniques. Monsieur Pachinian a cessé cette rhétorique il y a trois ans, mais l’opposition joue clairement avec le feu. Jusqu’à présent, l’Azerbaïdjan a mené une offensive à l’intérieur de ses frontières reconnues par l’ONU. Maintenant, il y a un nouveau problème, puisque le secrétaire d’État américain, Anthony Blinken, a évoqué la question de corridor vers une enclave de l’Azerbaïdjan, avec un risque de guerre… Pour commencer, le département d’État des États-Unis a démenti les propos prêtés à Monsieur Blinken. Effectivement, il y a le gros de l’Azerbaïdjan, le territoire arménien et, en avançant vers l’ouest, il y a à nouveau un territoire qui appartient à l’Azerbaïdjan, avec des difficultés liées à cette séparation, et ce territoire n’a jamais été occupé par l’Arménie. (Suite page 10) Le centre de Bakou : « Il y a des parallèles à établir entre l’Azerbaïdjan d’aujourd’hui et la France d’il y a 50 ans.»
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