La Baule+

la baule+ 14 | Novembre 2025 La Baule+ : Chaque lecteur, en fonction de sa personnalité, va avoir un ressenti particulier en découvrant votre livre. Il y a une leçon. Parfois, dans la vie, il y a des choses que l’on dit, surtout lorsque l’on est jeune, sans se rendre compte de leur méchanceté. Dans une cour de récréation, certains se moquent de quelqu’un parce qu’il porte des lunettes, parce qu’il a des défauts physiques, ou encore d’une fille parce qu’elle a déjà un corps de femme et donc on en déduit que c’est une «salope ». Or les intéressés ne se rendent pas toujours compte des dégâts que cela peut engendrer chez un être vulnérable… Christine Kelly : C’est exactement cela. On ne se rend pas compte comment cela peut infuser. Après, cela dépend des personnalités. On est plus ou moins sensible ou perméable, mais des choses peuvent réellement bouleverser la vie d’un enfant. En moyenne, deux enfants se suicident chaque mois suite au harcèlement scolaire ! On ne le dit pas assez. C’est pour cela que j’ai écrit ce livre, pour témoigner du fait qu’il faut être attentif et être à l’écoute des enfants. Parfois, pour un mot qui ne sera pas important pour un adulte mais qui va bouleverser la vie d’un enfant, il n’aura pas de secours et il peut aller jusqu’à mettre fin à ses jours. Il faut être attentif aux enfants. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de violence à l’école. Quand j’étais jeune, j’avais douze ans à l’époque, c’étaient des mots. Mais aujourd’hui ce sont des coups, ce sont des chocs. Il y a une telle violence aujourd’hui, qu’il faut vraiment être attentif à la détresse psychologique des enfants. Moi, je n’ai jamais osé parler de mon harcèlement scolaire à mes parents. Les algorithmes de TikTok sont faits pour amener les enfants vers une spirale infernale, parfois même jusqu’au suicide Parfois, le bourreau ne perçoit pas la gravité de ce qu’il fait. Quant à la personne insultée, comme vous le dites, tout dépend des circonstances. Si l’on se moque d’un garçon qui a de l’acné au moment où il vient de se faire éconduire par une amoureuse, cela peut prendre des proportions dramatiques… Absolument. Cela est dramatique car au moment de l’adolescence, on est sensible, on est à fleur de peau et un regard peut faire mal. Toutes les études indiquent que les Témoignage ► La journaliste s’exprime sur le harcèlement scolaire Christine Kelly : « Ce harcèlement scolaire que j’ai vécu à l’âge de douze ans, je l’ai transformé en force toute ma vie. » Christine Kelly relate dans son dernier livre le harcèlement scolaire qu’elle a subi à l’âge de douze ans. En arrivant dans son collège du Lamentin, elle découvre ces mots inscrits sur un mur : « Kelly Salope ». Personne ne dit rien. Toute une cour de récréation regarde, se détourne, juge. Elle comprend qu’elle devra se construire seule, contre les regards, contre les silences. Or, des années plus tard, en plein direct télévisé, son corps lâche : black-out total. Ce n’est pas un burn-out. C’est le retour violent d’un traumatisme enfoui depuis l’enfance. Christine Kelly est journaliste, autrice et animatrice de télévision. Née au Lamentin, en Guadeloupe, elle a été l’une des premières femmes ultramarines à occuper une place centrale dans les médias nationaux. Membre du CSA de 2009 à 2015, elle est aujourd’hui une figure reconnue du paysage audiovisuel français. « Pourquoi moi ? Ce jour-là ma vie a basculé… » de Christine Kelly est publié chez Fayard. enfants sont de plus en plus fragiles sur le plan psychologique. Ils plongent dans les réseaux sociaux, ils n’ont pas d’hygiène de vie, ils font moins de sport... Donc, ils dépriment plus facilement. Le harcèlement scolaire arrive dans un terreau qui les tire vers le bas. Regardez comment les algorithmes de TikTok sont faits pour amener les enfants vers une spirale infernale, parfois même jusqu’au suicide. Des parents ont souvent critiqué ces algorithmes qui enferment l’enfant dans une tornade négative et nocive. Nous sommes dans un contexte où il faut être attentif au moindre signe, parce que ce moindre signe peut avoir des conséquences dramatiques sur la vie d’un enfant. Mes parents m’ont toujours dit que la beauté est vaine et l’apparence trompeuse En ce qui vous concerne, il y a eu ce graffiti sur un mur du collège, « Kelly Salope », qui vous a marquée toute votre vie. Beaucoup plus tard, le 26 mai 2021, alors que vous faites votre émission avec Éric Zemmour, ce souvenir remonte fortement et provoque en vous un malaise profond. Vous étiez fatiguée et vous veniez de faire un aller-retour en Guadeloupe pour aller voir votre maman. Est-ce lié à cela ? Il faut revenir sur le contexte. J’avais douze ans et, pour d’autres, cela ne veut sans doute rien dire. Cependant, pour moi qui étais dans une éducation protestante à l’antillaise, très stricte, avec des parents enseignants, école, devoirs, piano, église… cela a sonné comme un séisme. J’étais une enfant et je ne comprenais pas que l’on me traite de la sorte. Il m’a fallu beaucoup d’années et cette alerte du 26 mai 2021. Je fais un aller-retour en Guadeloupe pour aller voir ma mère hospitalisée pour la Covid. Dieu merci, elle n’y a pas laissé sa vie, mais son frère, malheureusement oui. Je rentre à Paris, je suis en studio et je perds la moitié de ma mémoire. Suite à cela, je m’interroge avec un ami qui m’invite à réfléchir à ma vie et à me reconnecter à mon corps. Je devais m’occuper de mon corps pour rester connectée. Je commence à écouter ce que l’on me dit en permanence: « Christine, occupe-toi de toi ». J’étais restée enfermée dans une sorte d’éducation qui m’a toujours protégée. Mes parents m’ont toujours

RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2