la baule+ Novembre 2025 | 15 dit que la beauté est vaine et l’apparence trompeuse, et que je devais cultiver mes qualités intérieures. Cela m’a souvent aidée, notamment pour devenir la journaliste que je suis. Cela m’a aussi empêchée de m’occuper de mon physique, de ce que je mange ou de ce que je bois. J’ai oublié mon corps, pour toujours travailler, et mon corps a commencé à me lancer une alerte. Mon corps a dit stop. J’ai eu plusieurs alertes de santé et j’ai dû comprendre que je devais m’occuper de mon corps et ne pas manger n’importe comment pour pouvoir connecter mes neurones. J’ai dû m’asseoir et réfléchir à cela. Vous décrivez aussi votre enfance et la vie aux Antilles. On se lève très tôt et on se couche tôt. C’est vrai, il y a des embouteillages à sept heures du matin dans les grandes villes des Antilles. On a toujours l’image que plus on va vers les pays chauds, plus les gens se couchent tard. Mais ce n’est pas du tout le cas chez vous… C’est vrai, on est des lèvetôt et des couche-tôt, parce qu’à six heures du matin il fait déjà grand soleil. C’est vrai qu’il y a toujours ce cliché sur le fait que l’on ne fait pas grand-chose. Je crois que je n’ai jamais autant travaillé que lorsque j’étais en Guadeloupe ! En me levant tôt, ce matin-là, je suis allée à l’école, les cours commencent à 7 h 30, et j’ai découvert ce harcèlement scolaire en arrivant. Après, je raconte mon parcours, mais également comment j’ai vécu avec cela toute ma vie. Vous faites vos études à l’Institut national de l’audiovisuel à Bordeaux et le directeur vous déclare : « Les Antillais ne restent pas, parce qu’il fait trop froid… » Je raconte cela pour montrer cette caricature à l’égard des Antillais : on vient à Paris, on va avoir froid, donc on va repartir... C’est arrivé sans doute à beaucoup, mais il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Il faut de la détermination et du courage pour toujours avancer, malgré les insultes que l’on peut recevoir ou les difficultés de la vie quotidienne. Il faut faire face, avancer, rester déterminé et garder le cap. Je veux faire passer comme message que même si l’on vous insulte à l’école, au lycée ou sur votre lieu de travail, il faut rester déterminé. On m’a insultée partout où je suis passée, en étant victime de critiques ou de harcèlement, dans tous les sens. Pour autant, il faut rester déterminé. Il ne faut jamais se définir à travers le miroir de l’autre. (Suite page 16)
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