Mai 2026

En croisière, pour le grand public, c’est différent. Malheureusement, la culture de la voile est en disparition. La complexité de la voile rebute de plus en plus de personnes. Ce n’est pas simple, il faut connaître le vent. Demain, le marché se tournera vers l’hybride. L’engin de croisière idéale sera hybride, avec une batterie rechargeable, pour avoir suffisamment d’autonomie, et des voiles automatiques avec des mâts qui se rentreront. Vous savez, les ports de plaisance sont remplis de bateaux qui ne bougent jamais ! En France, on n’a pas besoin d’avoir un permis pour naviguer sur un bateau à voile, alors que c’est une obligation pour un bateau à moteur. Pour ma part, moteur ou non, ce permis est une hérésie. Encore une fois, c’est un grand législateur qui nous a pondu cela... C’est une perte de temps et d’argent, mais cela permet aux moniteurs de bateaux-écoles de vivre ! Si l’on automatise tout, on va forcément perdre une culture générale indispensable, notamment sur les vents, les courants ou les marées… On observe cela dans tous les domaines et, avec le GPS, la culture générale des chauffeurs de taxi parisiens est en chute libre. Les taxis londoniens ont encore l’obligation de connaître toutes les rues, mais cela va forcément disparaître. Aujourd’hui, si je vais présenter une carte papier à des gens qui naviguent dans la baie du Pouliguen, très peu sauront la déchiffrer. J’ai eu la chance de naviguer depuis tout petit. On devait passer l’été sur un bateau, parce que mon père louait l’appartement pour payer les mensualités... C’était une obligation chez nous d’aller nous débrouiller sur un bateau. À 18 ans, j’ai dû me débrouiller tout seul. Le moteur est-il exclu de votre univers ? Pas du tout. J’ai passé mon permis hauturier parce que mon petit frère a un bateau à moteur et je n’avais pas le droit d’aller au-delà du phare de la Banche après cinquante traversées de l’Atlantique... Donc, j’ai passé mon permis. Le problème du moteur est culturel. Les bateaux à voile sont en chute libre et ce qui sauve le marché aujourd’hui, c’est l’absence d’obligation d’avoir un permis. Depuis quelques années, je suis sur un trimaran à moteur, en hybride, donc je considère que le moteur est indispensable. L’avenir des bateaux à moteur, ce sont les foils, ces ailes que l’on voit sur tous les bateaux à voile, cela permet de voler et de réduire la traînée. Le gros marché de demain, ce sera la motorisation électrique avec les foils. On parle de la facilité dans notre vie quotidienne, dans tous les domaines et, sur un bateau, la facilité, c’est de tourner une clé pour démarrer. Je n’ai vraiment rien contre les bateaux à moteur. À l’inverse, les jet-skis sont une hérésie environnementale dans tous les sens du terme. C’est aussi une hérésie culturelle. Si quelqu’un veut découvrir les joies de la mer, le paddle est largement suffisant. Quand je vois les jet-skis défiler tout l’été sur la baie du Pouliguen, c’est extrêmement bruyant, polluant et c’est aussi un drame culturel. Il n’y a aucune intelligence et c’est quelque chose qui me sidère. Quand je traverse l’Atlantique, je me dis chaque fois que Christophe Colomb est passé par là. Mais il n’y a aucune trace… Lorsque vous êtes au milieu de l’Atlantique, vous arrive-t-il de penser à Magellan ou à Christophe Colomb ? Tout le temps ! Je suis épris de littérature maritime, parce que j’ai eu la chance d’être élevé par des parents et des grands-parents qui appréciaient cet univers. J’ai tout lu, je suis passionné de littérature. Pour bien voir l’avenir, il faut respecter l’histoire. Il faut avoir une certaine notion des sillages qui nous ont précédés, surtout dans l’univers maritime. N’oublions pas que l’on a commencé à aller assez vite sur l’eau depuis un demi-siècle car, pendant des centaines d’années, on n’a jamais été beaucoup plus vite que les bateaux en papyrus qui sillonnaient le Nil. En cinquante ans, on a multiplié nos vitesses avec les foils et les carbones. J’ai eu la chance d’être acteur et spectateur de cette évolution. Mais comme j’ai connu la marine en bois, l’histoire maritime me passionne. Les marins ne laissent jamais de traces, les sillages disparaissent très rapidement, contrairement à la terre. Donc, il faut imaginer tout cela. Quand je traverse l’Atlantique, je me dis chaque fois que Christophe Colomb est passé par là. Mais il n’y a aucune trace… Les navigateurs ont une très forte popularité auprès du grand public. Par exemple, lorsque des navigateurs gagnent des courses, cela fait l’ouverture des journaux de 20 heures. Il y a très peu de sports qui sont dans ce cas… C’est exact, il y a nous et le football, ou lorsque Prost gagnait une compétition. C’est surprenant. Est-ce parce que nous avons tous intégré que ce n’était pas qu’un sport ? J’aime bien votre analyse, parce que l’on a souvent du mal à expliquer que c’est une activité qui nécessite un bagage intellectuel assez conséquent. C’est une activité tellement complète qu’il faut partir d’une page blanche pour aller sur une ligne d’arrivée. C’est une école de vie. Mais sur cette histoire des journaux de 20 heures, c’est grâce à Tabarly et Moitessier. En 1964, Tabarly traverse l’Atlantique seul, il est accueilli par le général de Gaulle, c’est un acte fondateur. Ce jeune enseigne de vaisseau a traversé l’Atlantique seul. Personne n’a eu de ses nouvelles, donc seule l’imagination était capable de créer des histoires. On a eu un point de départ et un point d’arrivée. C’est tout le problème aujourd’hui. Je pense que nous sommes de moins en moins enclins à faire l’ouverture du 20 heures, parce qu’il y a trop d’infos. Aujourd’hui, avec Starlink, les navigateurs peuvent envoyer des photos toutes les heures sur les réseaux. Il y a de moins en moins de mystère, la consommation se fait très rapidement, donc on passe très vite à autre chose. Vous savez, quand on a suivi en permanence la petite Violette Dorange sur les réseaux, on n’avait plus besoin de la découvrir au JT de 20 heures. C’est un changement considérable dans la consommation de l’information. Je trouve que le temps du mystère était beau. Aujourd’hui, tout est visible. En mer, c’est un événement sportif très long, il faut laisser du temps. Quand je suis avec un équipage en mer, avec Starlink les gars sont toute la journée sur les réseaux et ils ne regardent même plus l’océan. C’est une catastrophe. Tout le luxe de la connexion réside dans le pouvoir de se déconnecter et on a oublié cela. Propos recueillis par Yannick Urrien. la baule+ 22 | Mai 2026 Loïck Peyron : « Tout le luxe de la connexion réside dans le pouvoir de se déconnecter et on a oublié cela. » Alexandre Griveau est le créateur de la chaîne Indiana Space sur YouTube, qu’il anime depuis La Baule. Il est suivi par plusieurs centaines de milliers de personnes à travers les différents canaux. Alexandre a été invité Alexandre Griveau : la Nasa invite un Baulois à assister au décollage d’Artemis II par la Nasa à assister au décollage de la navette Artemis II. Il souligne que cette mission n’a rien à voir avec Apollo, car l’objectif est bien d’installer une base sur la Lune. Il a été un témoin privilégié de cet événement : «La veille du lancement, nous sommes montés à bord d’un hélicoptère conduit par un pilote qui avait les autorisations pour survoler la Nasa et les sites sensibles. Nous avons pu prendre des images du ciel en étant au-dessus d’Artemis II. Elle était posée et j’ai réalisé que c’était un moment historique. » Le départ a été impressionnant : « Le bruit était assourdissant, le sol tremblait, on voyait de gigantesques flammes au décollage… » Alexandre prépare un documentaire de 25 minutes qui sera présenté lors du Festival du cinéma de La Baule qui se déroulera du 24 au 28 juin. La Baule+ : D'où vous est venue l’idée de lancer la chaîne Indiana Space ? Alexandre Griveau : Le nom Indiana Space m’a été inspiré par Indiana Jones, parce que j’étais un grand fan de ce film quand j’étais enfant. J’ai voulu devenir une sorte d’archéologue du ciel, d’où ce nom. Comment avez-vous été invité à assister au décollage de la mission Artemis II ? C’est un ingénieur de la Nasa qui m’a invité. C’est un événement, puisque cela fait plus de 53 ans que nous ne sommes pas retournés sur la Lune. Cette fois-ci, c’est le retour de l’humanité autour de la Lune et nous sommes allés plus loin qu’aucun homme n’est jamais allé dans l’espace ! Les complotistes rappellent qu’il y a peu de temps, un responsable de la Nasa a indiqué que nous n'avons pas encore toutes les techniques nécessaires pour nous poser sur la Lune, alors qu’en 1969, à l’époque des satellites analogiques et du téléphone classique, au cours d'une retransmission en direct sur toutes les chaînes du monde, on avait vu le président des États-Unis discuter avec les astronautes en train de fouler le sol lunaire. Que répondez-vous à ceux qui estiment que c’était du bluff ? Je comprends les sceptiques, mais il ne faut pas

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