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la baule + 4 // Octobre 2021 Économie ► Entretien exclusif avec la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement Sarah El Haïry : « Donner tous les ressorts nécessaires pour que chaque jeune puisse entreprendre. » S arah El Haïry, secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’En- gagement, et ancienne députée MoDem de Loire-Atlantique, est venue au Festival Think Forward à La Baule le 24 septembre dernier. Elle y a présenté différentes mesures destinées à sensi- biliser les jeunes à l’entrepreneuriat au cours de leur scolarité, comme à l’entrée dans la vie adulte. La Baule + : Vous venez d’annoncer plusieurs mesures pour dévelop- per l’esprit d’entreprise chez les jeunes. On en- tend cela depuis des décennies et tous les gouvernements veulent faire quelque chose dans ce domaine : alors, en quoi cette initiative est-elle novatrice ? Sarah El Haïry : Parce que nous avons déjà commencé! Nous avons déjà posé des pierres en déployant de ma- nière massive des projets de mini-entreprises dans des établissements et des col- lèges. Nous favorisons le dé- veloppement des junior-as- sociations dans les collèges et lycées et, pour la première fois, nous organisons le pre- mier congrès rassemblant des écoles et des entreprises, avec Jean-Michel Blanquer, afin de mettre en œuvre des procédures concrètes pour que l’entreprise rentre dans l’école et que l’école aille dans l’entreprise. On soutient l’apprentissage, qui permet d’avoir un trait d’union entre l’entreprise et l’école, les écoles de produc- tion qui accompagnent cette culture et, notre grande fier- té, c’est ce record battu pour l’apprentissage. Au-delà, il y a la transformation en pro- fondeur de l’esprit d’entre- prendre. Nous développons les stages de troisième per- mettant de créer un projet d’entreprise, mais nous ac- compagnons aussi la créa- tion d’entreprise des jeunes. À la demande du président de la République, à travers le plan « Un jeune, un men- tor », nous avons mis 30 millions d’euros sur la table cette année, que je porte avec différentes associations comme « Entreprendre pour apprendre » ou « 100 000 entrepreneurs». Nous avons réuni autour d’un col- lectif des entreprises et des associations engagées pour que chaque jeune qui sou- haite créer sa boîte trouve un partenaire, un tuteur, ou un mentor, mais surtout une communauté humaine pour casser le plafond de verre et trouver le réseau qui lui manque. C’est important, parce que le monde de l’en- treprise a quand même été très longtemps cari- caturé, y compris par- fois au sein de l’Édu- cation nationale, en présentant les patrons comme des gens qui ex- ploitent les salariés et qui s’en mettent plein les poches… Il y a des discours très idéolo- giques qui opposent les gens, l’entrepreneur face au salarié et le fonctionnaire face au sa- larié du privé, c’est tout cela qui fracture et fragmente notre pays. Il ne faut pas se mentir : si l’on ne crée pas de croissance, on ne la répartit pas. Chacun a sa place dans notre pays. Ces discours font du mal et il faut les casser. Il faut aussi transformer en profondeur notre économie, car nous n’avons pas une éco- nomie à l’américaine. Nous avons de nombreuses PME et TPE, il faut accompagner les ETI. On a un vrai problème à construire des licornes, c’est- à-dire que ce passage de la PME à l’ETI mérite d’être ac- centué. Enfin, nous avons de grands groupes qui sont des fleurons. Au lieu d’opposer les entreprises à la transition environnementale, les entre- prises au numérique, les en- treprises à la démocratie, au contraire, il faut conjuguer les efforts et toutes les éner- gies. C’est bien l’industrie qui a la capacité à transformer ces chaînes de production pour être plus préservatrice de la planète. Ce sont bien les grands groupes qui, par l’intéressement et la partici- pation, accompagnent une meilleure rémunération et un juste partage de la valeur. C’est bien aussi le développe- ment des entreprises de l’éco- nomie sociale et solidaire qui favorise la gouvernance et la démocratie interne. L’idée d’opposer les entreprises à la vie sociale, ou l’entreprise face aux associations, au-delà d’être dangereuse, est totale- ment idiote et absurde. Plus on mettra d’énergie à sépa- rer, moins on donnera la ca- pacité d’entreprendre à notre jeunesse. Un citoyen est un entrepreneur, un entrepre- neur de sa vie, un entrepre- neur dans son association, un entrepreneur dans son travail... La seule chose, c’est qu’il peut avoir de nombreux statuts différents : il peut être chef d’entreprise, syn- dicaliste, bénévole dans une association, père ou mère de famille... Je veux simplement contribuer à donner tous les ressorts nécessaires pour que chaque jeune puisse entre- prendre et prendre le volant de sa vie dans notre pays. Entreprendre, en créant, aujourd’hui ou demain, en se projetant pour reprendre une entreprise dans les dix prochaines années car, par exemple, dans les Pays de la Loire, nous savons qu’une entreprise sur deux aura be- soin d’un repreneur. Faisons en sorte de trouver toute une génération prête à relever le défi qui est le nôtre. On manque cruellement de culture économique Même si tout le monde ne devient pas entre- preneur, cette initiative vise aussi à développer la culture générale éco- nomique car il y a une grande inculture au- tour de l’économie de marché et de la dépense publique… On manque cruellement de culture économique chez les jeunes et les moins jeunes, ce qui permet à certains idéologues de dire qu’une dette ne mérite pas d’être remboursée... C’est la pire des manières de sécuriser la valeur de notre signature, de nos mots ou d’un pays ! Aujourd’hui, pendant le ser- vice national universel, qui est en cours de déploiement, nous donnons des cours d’économie grâce à un par- tenariat avec la Banque de France. Nous avons déve- loppé des jeux éducatifs - un jeu de société et un escape game - pour réapprendre le fonctionnement du marché, de l’économie, des règles européennes ou des règles mondiales. Cela permet Sarah El Haïry et Nicolas Appert, président d’Atlantia
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