la baule+ Mars 2023 // 15 vous décrivant un chef de guerre : d’abord, il lance des ordres contradictoires sur le champ de bataille. Du jour au lendemain, tout peut changer. Vous observez qu’il pratique la stratégie de la peur vis-à-vis de ses soldats. Ensuite, il leur demande de manger des rations dont on ne connaît pas la composition et, si un soldat s’interroge sur ce qu’il y a l’intérieur de la boîte de conserve, il se fera traiter de complotiste… Comment jugeriez-vous cet officier ? Je comprends votre parallélisme et il y a trois mots qui sont essentiels aujourd’hui et qui sont extrêmement actuels. Le premier, c’est la confiance, la confiance en soi et la confiance dans les autres, ce sont deux confiances en équilibre. Quand il y a trop de confiance en soi, on n’a pas confiance dans les autres. Parfois, quand on délègue trop, c’est que l’on n’a pas confiance en soi. Cette confiance est fondamentale, car c’est ce qui crée l’obéissance d’amitié. L’ordre est exécuté avant d’avoir été donné. C’est l’inverse de la contrainte. La confiance, c’est le carburant de l’autorité. C’est d’ailleurs mon deuxième mot, l’autorité au sens étymologique: c’est-à-dire faire grandir, faire croître, élever vers… C’est un mouvement du bas vers le haut, et non pas du haut vers le bas, qui est l’autoritarisme. En France, quand on parle autorité, on pense souvent autoritarisme, c’est une erreur. L’autorité, c’est ce qui permet de mettre en ordre. On apprend cela quand on est jeune officier. On devrait réapprendre cela dans les écoles de formation des dirigeants. Le troisième mot-clé, c’est stratégie. On a perdu le sens de la stratégie. On est dans la petite tactique, on est dans le comment et le moyen, mais pas dans l’objectif et dans la fin. Ce monde de l’urgence ignore les priorités. C’est la dépêche AFP de l’après-midi, alors que normalement, undirigeant digne de ce nom doit voir loin avec une stratégie de long terme. Comment peut-on emmener des gens loin, vite et fort, si l’on ne sait pas exactement où l’on va ? On manque de vision. Toujours autour de ce mot de stratégie, il faut assumer cette anticipation nécessaire, avec le degré d’incertitude qu’elle comporte, c’est-à-dire l’évaluation des risques, dans leur intensité et dans leur probabilité d’occurrence. Aujourd’hui, on a perdu une qualité, j’observe cela partout : c’est le sens de l’audace, l’anticipation et la maîtrise des risques. Donc, pour répondre à votre question, j’emploierai trois motsclés : la confiance, l’autorité et la stratégie. Avec ce triptyque, on remet les choses dans le bon ordre. (Suite page 16)
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