La Baule+

la baule+ 8 // Mars 2023 Témoignage ► L’ancien maire de La Baule raconte son parcours idéologique Yves Métaireau : « J’ai vécu des périodes très heureuses en cumulant plusieurs activités. » Yves Métaireau a été un homme public de premier plan sur la Presqu’île sur plusieurs décennies : élu pendant 40 ans, maire de La Baule durant 25 ans et président de Cap Atlantique pendant 20 ans, il relate son parcours dans un ouvrage intitulé « Les Tribulations d’un maire de France, de La Baule au monde », qui est disponible dans toutes les librairies de la Presqu’île. Dans ce numéro demars, nous abordons avec Yves Métaireau sa carrière politique, mais aussi sa construction idéologique. Un entretien exceptionnel où de nombreux habitants de la Presqu’île pourront découvrir des facettes inattendues d’Yves Métaireau. Dans notre prochain numéro, nous évoquerons sa carrière professionnelle, notamment sur le plan international. La Baule + : Dans votre livre, vous revenez sur votre carrière et vos rencontres importantes. Mais on reste un peu frustré car on aurait aimé avoir davantage de commentaires sur la politique internationale ou la politique intérieure… Yves Métaireau : Ce n’était pas vraiment un livre sur mes idées quant à la politique actuelle, y compris à l’international, puisque nous sommes au bord d’une guerre grave. Je voulais plutôt coucher mes mémoires et rappeler que j’ai passé une vie très heureuse à La Baule. J’ai été élu pendant 25 ans et, auparavant, j’avais passé 17 ans avec Olivier Guichard à me former à la vie publique. L’ouvrage débute avec l’élection de Jacques Chirac en 1995. Toutefois, vous auriez pu commencer dès 1981, avec l’élection de François Mitterrand qui correspondait sans doute à votre envie de faire de la politique… J’ai eu l’envie de faire de la politique en 1968, j’avais 22 ans. Il faut se rappeler que François Mitterrand et Pierre Mendès-France avaient été évincés par le Parti communiste, qui était le premier parti de France, Le général de Gaulle avait réalisé une Constitution très conforme à l’esprit français en indiquant que le président de la République devait être élu au suffrage universel, pour longtemps, afin de lui donner la possibilité d’agir en étant un recours en cas de difficultés dans notre pays. Le système constitutionnel hollandais ou britannique me paraît assez bon. Ainsi, lorsque vous vous êtes engagé en politique, ce n’était pas pour assurer vos fins de mois… Autrefois, on vivait pour la politique, mais aujourd’hui on vit de la politique. Je me suis engagé en politique, auprès d’Olivier Guichard, vers 1971, en lui proposant de faire sa campagne pour la mairie de La Baule. Vous êtes plutôt libéral, à l’inverse des gaullistes qui sont plus étatistes. Comment vous entendiez-vous avec Olivier Guichard ? J’étais très Algérie Française à une époque ! C’est d’ailleurs l’Algérie française qui a tracé ce clivage entre ceux qui sont allés à l’UDF et ceux qui ont rejoint le RPR… Très souvent, je croyais à ce que de Gaulle disait quand il parlait de la France de Dunkerque à Tamanrasset. Nous avons été nombreux à avoir cru en cela. J’ai été profondément choqué par l’exil des pieds-noirs et par le massacre des harkis par le FLN et les hommes de Boumediene, qui étaient des canailles pour la plupart. C’est réellement l’extermination de la Vendée qui était voulue par la Convention à l’époque Vous vous êtes aussi beaucoup intéressé aux guerres de Vendée et à la chouannerie… Les guerres de Vendée ont généré des héros. On remarque toujours que les circonstances de l’histoire créent des personnages exceptionnels. J’ai vu le film sur Charette. C’est un film qui retrace intégralement la vérité historique. Tous ceux qui pensent qu’il n’y avait pas une volonté de génocide en Vendée ne peuvent pas continuer à le dire, parce que c’est réellement l’extermination de la Vendée qui était voulue par la Convention à l’époque. La disparition de votre père vous a amené à vous rapprocher de la Presqu’île aumoment de votre service militaire… J’ai fait mon service militaire en devançant l’appel et j’ai fait mes études secondaires après. J’avais envie de bouleversement dans ma vie. Je ne m’entendais pas toujours très bien avec ma mère après la mort de mon père lorsque j’avais dix ans. Nous n’avions pas les mêmes goûts. Alors, j’avais décidé de partir et j’espérais même aller en Algérie. Finalement, il y a eu la signature des accords d’Évian et j’ai vécu l’échec du putsch des quatre généraux avec une certaine forme d’intérêt. Le référendum sur l’indépendance de l’Algérie a été sans appel, puisque 99 % des Français ont donné l’indépendance à l’Algérie. J’ai fait mes 24 mois de service et je ne le regrette pas. Vousévoquezaussi votre vie personnelle avec la rencontre de Claudine Métaireau. Tout s’est passé lors d’une soirée au cinéma. C’était le film « La Chinoise » de JeanLuc Godard. Vous nous donnez une leçon : si vous souhaitez courtiser une femme, allez voir un film nul ! Je suis tout à fait d’accord ! Je n’ai jamais été maoïste et, après avoir vu « La Chinoise», je n’avais plus du tout envie ni d’être maoïste, ni d’être de gauche... J’ai rencontré Claudine ce soir-là et nous nous sommes mariés un an plus tard. Il y a eu la rencontre avec Olivier Guichard : comment s’est-elle déroulée ? Il était ministre. La Baule lui avait donné un bon score aux législatives de 1967 et aussi après la dissolution de 1968. Olivier Guichard s’est dit que le docteur Dubois avait 76 ans et il lui a demandé avec délicatesse de prendre sa place. Le docteur Dubois a refusé tout net, en disant qu’il se présenterait aussi et qu’il essaierait de le battre. De mon côté, j’avais monté un groupe d’amis pour réagir à la chienlit de 1968 et j’avais été le voir dans sa permanence de Guérande en 1971. Il était notamment avec Michel Rabreau, qui allait devenir son suppléant, et Joseph Ricordeau, un ancien policier qui habitait La Baule, qui allait devenir son homme de confiance mais aussi son directeur de cabinet. Je lui ai proposé de mettre à sa disposition mes amis pour faire sa campagne municipale à La Baule, parce que j’avais une et par les groupes formés par Cohn-Bendit. D’ailleurs, j’ai été un élève de son frère à Saint-Nazaire. C’étaient des fils de bourgeois totalement anarchistes, dont les communistes se méfiaient énormément parce que l’occupation de la Sorbonne - avec la violence menée par ces anarchistes - n’était pas du tout dans la ligne du Parti. Mitterrand a essayé de reprendre la main, mais il n’a pas réussi. Il a été obligé d’attendre 1981 pour gagner contre Giscard, grâce à Jacques Chirac qui lui a donné un bon coup de main pour se faire élire. Votre réflexion révèle votre appartenance politique : vous en avez voulu à ces gaullistes de gauche… Je ne sais pas si l’on peut dire que Jacques Chirac était un gaulliste de gauche... C’était un radical-socialiste. Mais il détestait Giscard. Il y a eu cette lettre de Philippe Dechartre… Ce n’est un secret pour personne que Jacques Chirac a fait voter pour Mitterrand au second tour. Cela a toujours été la tactique du RPF et du RPR, avec ces gens de droite qui se détestent cordialement... Vous évoquez aussi la monarchie, avec une préférence pour un système proche de celui de l’Angleterre ou de l’Espagne…

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