la baule+ 14 | Août 2025 Mode ► Le secteur de l’habillement doit se réinventer Pierre Talamon, président de la Fédération Nationale de l’Habillement : « La carte à jouer pour les indépendants, c’est la différence. » La Fédération Nationale de l’Habillement (FNH) indique que les 6 premiers mois de l’année auront été difficiles pour les commerces indépendants, avec un chiffre d’affaires qui diminue de 2,3% par rapport au premier semestre de l’an dernier. Par ailleurs, les soldes n’auront pas permis d’inverser cette tendance. La FNH souligne : « Les commerçants indépendants (dont 70% sont implantés dans les centres-villes) peinent à conserver leurs marges. C’est pourquoi la FNH, aux côtés d’autres acteurs de la filière mode, s’interroge sur la manière de redonner du sens aux temps forts commerciaux. Elle a formulé plusieurs propositions au Gouvernement pour une refonte structurelle du cycle de ventes, plus cohérente avec les enjeux économiques et écologiques du secteur ». Pierre Talamon, créateur de mode et président de la Fédération Nationale de l’Habillement, estime que la partie n’est pas perdue, à condition que les commerces indépendants proposent des produits différents. La Baule+ : Le chiffre d’affaires des commerces indépendants dans la mode a baissé de 2,3 % au cours de ce premier semestre 2025, par rapport à la même période de 2024. Si l’on prend l’exemple du marché immobilier, il est difficile de commenter une statistique nationale car le contexte n’est jamais lemême entre les grandes villes et les petites villes, entre le marché haut de gamme et celui qui ne l’est pas, et toujours des exceptions en zone littorale ou en zone de montagne. Estce la même chose pour le marché de la mode ? Pierre Talamon : Il y a quand même une tendance générale de l’Institut français de la mode qui concerne tous les acteurs du secteur de l’habillement et nous sommes dans une tendance plutôt négative. Pour les indépendants que je représente, la donne est différente car il est plus difficile de se battre, notamment en centre-ville. Beaucoup d’indépendants sont au centre des villes et il y a maintenant des problèmes d’accessibilité dans des métropoles comme Paris, Lyon, Grenoble, Bordeaux ou Nantes. Il y a peut-être plus de facilités en périphérie, surtout lorsque l’on sait que 67 % des consommateurs vont plutôt acheter en périphérie. Cela dit, le secteur est fragilisé sur le plan général. Nous sommes aussi dans un secteur qui est pourri par les promotions qui s’égrènent tout au long de l’année Est-ce en raison de la concurrence de la vente en ligne ? Il y a la concurrence de ce que l’on appelle l’ultra fast fashion, avec les platesformes digitales internationales, qui proposent des prix totalement low cost, avec une concurrence déloyale. Il n’y a pas encore une union douanière européenne et tout cela pose de très graves problèmes. On se laisse envahir de plus en plus par des petits colis de faible valeur. Il y a 800 millions de colis en France et 4 milliards en Europe chaque année. C’est un vrai problème. Nous sommes aussi dans un secteur qui est pourri par les promotions qui s’égrènent tout au long de l’année, que ce soit en hiver pour le Black Friday ou les ventes privées tout au long de l’été. Pour le consommateur, le rapport aux prix est complètement brouillé et c’est un réel problème. Quand les prix sont tirés vers le bas, en pratiquant des prix low cost, il devient difficile de faire de la qualité en France et en Europe. La carte à jouer pour les indépendants, c’est la différence. Vous ne pouvez pas enlever cet aimant qu’est le petit prix Vous êtes vous-même créateur de mode, on reconnaît vos créations dans un esprit pop, donc on vous choisit et vous n’êtes pas en concurrence avec un acteur comme Shein… L’avenir se situe en grande partie sur ce segment, c’està-dire avoir des produits avec un ADN assez marqué, que l’on soit créateur ou non. Après, le détaillant indépendant fait son marché, il fait des salons en Europe, il peut sélectionner des marques, donc il peut se retrouver avec une quarantaine de marques. Le souci du multi détaillant, aujourd’hui, c’est que dès le mois de novembre, il se retrouve face à des boutiques qui se lancent dans des Black Friday. Même si vous avez un très bon produit différenciant, vous ne pouvez pas enlever cet aimant qu’est le petit prix: c’est comme une drogue et il est très difficile d’éduquer le consommateur. C’est pour cela que nous nous battons pour encadrer les promotions et décaler les soldes afin qu’elles puissent arriver au bon moment, c’est-à-dire en fin de saison, et non en début de saison. La raison d’être des soldes, c’est de déstocker les résiduels des collections pour faire place à de nouvelles collections. Il faut consommer moins en quantité et mieux en qualité. Il faudrait arriver à cela. Sinon, on va continuer de tirer le marché vers le bas. Il y a toujours des clients intéressés par la mode et par de beaux produits Quels conseils donneriez-vous à ceux qui voudraient se lancer dans le commerce de la mode ou à des commerçants qui sont inquiets ? D’être différents ? Oui, c’est essentiel. Il faut être différent, avec un bon rapport qualité-prix. Il faut trouver un équilibre entre le prix, le design du produit et son intérêt qualitatif. Il y a des choses à faire puisqu’il y a toujours des clients intéressés par la mode et par de beaux produits. On est au sommet de ce que l’on peut faire de pire Comment notre rapport à l’habillement a-t-il évolué ? Si l’on regarde les chiffres, le budget moyen du Français pour le vêtement est passé de 6 à 2 % en 30 ans. En même temps, au niveau des quantités, elles ont pratiquement pris un tiers en plus,
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