la baule+ 24 | Août 2025 People ► Le combat de l’actrice contre les violences faites aux femmes Alexandra Lamy : « Chaque fois que je viens à La Baule, il fait beau. » Alexandra Lamy est très investie dans la lutte contre les violences subies par les femmes. En effet, en 2021, le public a pu découvrir à la télévision son premier film comme réalisatrice : « Touchées ». Elle en a fait un outil de sensibilisation et de prévention sur les violences conjugales et elle traverse la France pour le présenter et libérer la parole. Nous l’avons rencontrée à La Barbade, sur la plage de La Baule. La Baule+ : Vous venez d’effectuer un tour de France pour évoquer les violences commises à l’encontre des femmes, en présentant un film tourné il y a plusieurs années. Pourquoi cette initiative ? Alexandra Lamy : Je vais vous expliquer le processus. À l’origine, c’est un film pour la télévision. C’était indispensable pour toucher le plus large public. Il y a eu 4 millions de téléspectateurs et cela n’aurait jamais été le cas au cinéma, surtout avec un tel sujet. C’est un film qui présente des femmes qui ont subi des violences et qui se reconstruisent grâce au sport, notamment l’escrime thérapeutique. Ce qui m’intéresse, c’est que c’est un film sur la reconstruction. Parallèlement, je connais Ghada Hatem, créatrice de la Maison des femmes en Seine-Saint-Denis, et Diariata N’Diaye, qui a l’association Resonantes. C’est une amie et elle travaille beaucoup avec les mineurs. Elles ont toutes les deux voulu travailler avec ce film, car c’est le meilleur moyen de faire de la prévention. Nous l’avons présenté à de très nombreuses associations. Diariata m’a proposé de le présenter dans de nombreux lycées, notamment en Seine-Saint-Denis. Ensuite, j’ai commencé à le faire dans différentes régions, notamment en Occitanie. Au fur et à mesure, j’ai reçu beaucoup de demandes pour le présenter, avec des associations locales. À chaque fois, c’est extraordinaire. Il y a des débats de plus d’une heure, personne ne se lève, les gens sont passionnés. Vous le faites gracieusement, hors promotion. C’est une cause que vous avez envie de défendre… Oui, je n’en parle pas plus, je fais cela pour les gens. Je vais même dans des petites salles, dans des petites villes, avec 200 personnes. On explique les choses avec les associations locales et même les antennes policières. C’est un travail en profondeur. Souvent, les garçons qui ont été des victimes deviennent des agresseurs Malgré la pédagogie, on s’aperçoit que cela affecte tous les milieux sociaux… Il y a énormément de femmes qui sont touchées. J’ai vu une femme qui faisait de la prévention, dans une salle de 300 personnes, et on a posé la question afin de savoir s’il y avait dans la salle d’autres personnes touchées par cette violence de près ou de loin. Toute la salle s’est levée ! Après, on a demandé à celles qui avaient porté plainte de s’asseoir. Il y en a eu seulement deux ou trois. On sait que cela existe, donc cela concerne tout le monde, les hommes comme les femmes. Il y a autant de garçons que de filles qui sont touchés par la violence dans leur jeunesse. Après, cela concerne essentiellement les femmes. Souvent, les garçons qui ont été des victimes deviennent des agresseurs. C’est pour cela qu’il est important et essentiel de travailler auprès de la jeunesse. Maintenant, nous voulons aller plus loin, en créant des maisons pour les 15-25 ans afin qu’ils puissent se reconstruire. Les jeunes ont besoin d’être valorisés d’une autre manière, notamment par la culture et le sport. Nous essayons de faire cela à Nantes et nous allons y arriver. Les femmes qui ne portent jamais plainte sont souvent issues d’une certaine classe sociale Il est difficile de dresser un portrait type de l’homme violent. Paradoxalement, le dragueur un peu lourd peut être quelqu’un d’assez doux, alors qu’un individu avec une apparence correcte va se révéler très brutal en privé. C’est aussi l’enseignement de tout cela… Bien entendu. Je vais même aller plus loin. Quand on discute avec les policiers, on constate que les femmes qui ne portent jamais plainte sont souvent issues d’une certaine classe sociale, comme la femme du notable ou du chirurgien. On arrive difficilement à la croire, parce que l’homme est important. C’est toujours une question de pouvoir. La première raison est financière, car ce sont souvent des femmes qui ne travaillent pas. Il est très rare qu’une femme issue d’un milieu aisé porte plainte. Vous voyez, cela touche tout le monde. Le portrait-robot est très difficile à faire. Je connais une femme qui travaille depuis trente ans dans un centre d’intervention. En trente ans de carrière, elle a donné son numéro de portable une seule fois, à la femme d’un chirurgien, parce que l’homme se disait intouchable. En réalité, tout le monde savait et faisait semblant de ne rien voir. On parle beaucoup du harcèlement dans l’industrie du cinéma, mais cela concerne toutes les entreprises, les hôpitaux et toutes les industries. Parlons de votre carrière. Vous venez de terminer un film inspiré de l’oeuvre de Victor Hugo… Oui, c’est « Jean Valjean » et le film va sortir au mois de novembre. On vous a souvent classée dans des rôles comiques. Mais depuis quelques années, vous avez évolué vers des rôles plus sensibles, voire dramatiques… En France, on met toujours les gens dans des cases et il est toujours très difficile de sortir de son image. Aux États-Unis, les acteurs sont très généralistes, ils font des comédies, de la chanson, de la télévision, de la comédie ou du dramatique. Cela ne me dérange pas, mais si l’on analyse ma carrière, j’ai quand même joué dans beaucoup de drames.
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